Les doigts dans le nez - coronavirus et généathème de mars objet souvenir

Vous vous doutez que ce n’est pas ce que je ferais aujourd’hui. Mais à force d’en parler et de savoir que le virus se loge dans le fond de la cavité nasale, à force de faire attention, de porter un masque toute la journée, de se laver précautionneusement les mains, d’éviter de toucher des objets inutilement, à force aussi de rentrer chez soi et d’aussitôt ôter ses vêtements et de les jeter dans le tambour de la machine à laver, de plonger sous la douche et de s’étriquer, un scénario se dessine dans nos esprits.

L’idée d’une invasion globale massive, nous fait devenir complètement paranoïaque et change notre regard sur le monde.

Etre sur le terrain comme soignant apporte un stress et la fatigue sans aucun doute se traîne avec nous, une fois quitté l’endroit hyper-protégé des salles où l’on travaille, le monde extérieur devient un monde rempli d’agresseurs invisibles et supposés.

Rentrer chez soi et perdre la notion d’un abri au cocon protecteur, là même où l’on devrait se sentir en sécurité est perturbant. Ce virus se cache partout et toute la maison semble sale, encombrée d’objets inutiles. Faudrait-il tout jeter ou brûler ou encore faire table rase de tout ce qui est notre vie quotidienne, pour vivre dans des espaces aseptisés ?
Une miette sur la table devient monstrueuse, alors que toute notre énergie a été consacrée à lutter, il en reste si peu pour faire le ménage. Dominés par ces événements, nos gestes ont changés, nous les surveillons et les contrôlons bien davantage. Qui d’entre-nous n’a pas reculé à l’approche d’une personne envahissant notre espace vital, les yeux sombres lui intimant de reculer encore, la bouche peut être pincée derrière le masque, le visage plutôt figé sans envie de sourire.

Le chat éternue, fait sursauter et juste après cet instant de stress, les épaules retombent, il ne nous contaminera pas, le virus ne passera pas entre nous deux. Des pensées s’immiscent, la maison est peut être trop meublée, une table, une chaise et un lit suffirait. Mais une vie se raconterait si peu avec seulement ces trois éléments.


Le meuble et la crémaillère de mes arrières-arrières grand-parents Jean-François et Léontine mariés en 1863, ont survécu à d’autres guerres virales, ils pourraient en raconter des histoires, s’ils savaient parler.




Celle de la grande épidémie de la grippe de Hong-Kong qui fit 17.000 morts directs du H3N1 et un excédent de 40.000 morts en France et dont personne ne se souvient. C’était juste après l’été 1968 et l’état avait d’autres chats à fouetter. Georges POMPIDOU venait d’arriver au pouvoir, la France était optimiste et confiante dans les antibiotiques et les médias minimisèrent l’évènement. Rien ne fût fait pour empêcher le virus de circuler. (1)

Celle de la grippe asiatique du glacial hiver 1957-1958 qui fût minimisée elle aussi par les médias et où pareillement l'on vit une grande ignorance gouvernementale et médiatique, cependant l’OMS recense pour le moment 100.000 morts en France par le virus H2N2. (2)(3)



Ils raconteraient aussi l’histoire de Lucienne née en 1907 et décédée dans la maison de la ferme familiale alors qu’elle venait d’avoir 12 ans.

“Elle était comme une deuxième maman pour nous les petits, disait ma grand-tante. Nous étions 7 enfants et malheureusement ou plutôt heureusement il n’y eu qu’un seul décès chez nous.”

Elle fût terrassée par l’épidémie de grippe espagnole en 1918.
Une pandémie connue actuellement comme étant de souche H1N1 s’était répandue cette année-là sur toute la planète et fit entre 150.000 et 250.000 morts en France selon l’institut Pasteur, bien que ces chiffres ne soient pas encore complets.(4)(5)

Ils raconteraient encore l’épidémie de choléra de 1832, et nous apprendrait qu’il a vu Gérard, le père de Jean-François âgé de 22 ans être terrorisé par la peur d’être touché par cette maladie qui fit plus de 100.000 morts en France. (6)

En plus d’un siècle, ces pandémies ont traversés des milliers de kilomètres pour décimer les peuples à une époque où rien n’allait vite, ni les personnes, ni les informations il a fallu plusieurs mois avant qu’elles fassent le tour de la terre. De nos jours, l’information circule presque plus vite que le virus et trop d’informations souvent contradictoires circulent.  N’est-il pas utile de prendre le temps de relativiser à la lecture de ces chiffres?

Il est entendu que nous sommes en lutte contre une maladie qui peut s’avérer grave, mais nous avons des moyens de nous protéger et le premier est notre comportement. N’allons pas chercher les problèmes, ils arrivent tout seuls ! Protégez-vous des autres et de vous-même.

Encore quelques semaines à tenir et tout redeviendra comme avant. Et pourtant, non, cela ne pourra plus jamais être comme avant, cette terreur planétaire, laissera des traces dans la mémoire collective.
Puissions-nous en tirer des leçons.

Wikipédia et les articles de presse, vous livrent une série de sources intéressantes concernant ces pandémies, si vous souhaitez creuser les informations.

(1) La grippe de Hong Kong en 1968 

(2) (3) La grippe asiatique en 1957-1958 et l'histoire 

(4) (5) La grippe espagnole en 1918-20 et les archives

Mourir dans le noir en terre inconnue ou la triste fin de Jean Baptiste HABRAN

Tout est dans les détails d’un acte de décès.


Les petits détails sont révélateurs d’un pan de la vie de Jean Baptiste et de l’assistance publique.

Jean-Baptiste HABRAN est né à Robelmont, le 12 septembre 1810, son acte est établi dans le canton de Virton, département des forêts, République Française. C’est la période du Premier Empire de Napoléon Bonaparte, où d’incessantes guerres troublent les pays environnants et c’est aussi l’époque des changements dans la vie politique et institutionnelle.
79 ans plus tard, en 1890, arrive à la mairie de Robelmont, devenue Belgique, une copie de l’acte de décès de Jean Baptiste où l’on découvre qu’il est mort le 3 décembre 1889. L’acte de décès précise : en son domicile, rue du dépôt à Reckheim, deux surveillants et connaissances déclarent son décès.




Source: extrait partiel du Registre des Décès de Robelmont, dépôt d’archives: Arlon, Belgique

Pour un non initié, il faut savoir que Robelmont se trouve à l’extrême sud de la Belgique, en Gaume Lorraine, où la langue maternelle est le français, bien que certains parlent le francique Lorrain. Il est possible qu’il ait pu connaitre le luxembourgeois, toutefois, ce sont surtout les populations aux alentours d’Arlon, Luxembourg, Belgique qui ont cet apport.
Reickheim se trouve sur la commune de Lanaken, arrondissement de Tongres dans le Limbourg en Région flamande soit à 172 kms de chez lui. La langue est le flamand et rien ne laisse supposer que Jean Baptiste ait pu le connaître.

Quelques recherches rapides nous nous montrent le dépôt au château des comtes d’ASPREMONT-LINDE. Entre 1795 et 1805, il abrita un hôpital militaire ensuite entre 1809 et 1891, un dépôt de mendicité et par la suite un hôpital psychiatrique.




Pourquoi Jean Baptiste meurt-il là-bas ? Quelle a été sa vie ?


Fils de Jean-Baptiste HABRAN et de Marie Marguerite DIDIER, il est forgeron, comme son père et son grand-père, lorsqu’il se marie une première fois à Robelmont à l’âge de 26 ans, avec Marie Catherine WATHELET âgée de 27 ans. Ils auront 5 enfants, Marie Françoise en 1838, Jean Baptiste en 1840, Mathieu en 1843, Nicole Victoire en 1847 et enfin Maximilien en 1854 -1921, il est « absent pour le moment » à la naissance de ce dernier. Nous avons son grand-père HABRAN comme Sosa commun.

Marie Catherine décède en 1865, âgée de 56 ans, il a 55 ans.

Six ans plus tard, il se remarie à Robelmont le 24 avril 1872 avec Anne Marie NOËL née en 1824, elle a 47 ans et lui 61 ans, elle a 14 ans de moins que lui. Ils sont tous deux veufs et tous deux sans profession, il ne semble pas avoir eu d’enfants de ce lit.
Anne Marie NOËL a été mariée en premières noces avec Jean Joseph CLAISSE. Ils n’ont donc pas de revenus au sens où nous l’entendons en ce 21ème siècle et comme beaucoup de gens à l’époque, ils vivaient probablement en autarcie. Jean-Baptiste avait-il comprit qu’il ne pourrait finir sa vie seul ? Ce mariage ressemble à un arrangement pour entraide.

Ces secondes noces, ont duré treize ans, malheureusement, Anne Marie meurt le 14 février 1885, la faucheuse la cueille à l’âge de 59 ans. Matthieu CLAISSE, 37 ans, fils de son premier mari et Jean Baptiste son mari,  75 ans,  déclarent le décès. Jean-Baptiste ne signera pas pour cause d'une « infirmité de la vue ». Le voilà à nouveau veuf et qui plus est infirme.

Il a 79 ans lorsqu’il meurt, la date de son arrivée à Reickheim ne nous est pas connue. On aurait pu croire qu'avec 5 enfants il aurait fini sa vie chez l'un d'entre eux, cependant, Jean Baptiste était handicapé par son infirmité, et son épouse étant décédée, il semblerait qu’il n’avait plus la possibilité d’être autonome. Il était également sans profession, soit sans ressources vraisemblablement.

L’histoire de Jean Baptiste nous révèle tout un pan de l’assistance publique du 19ème siècle.


L’évolution des lois est fonction de celle de la société, se posent alors plusieurs questions telles, que comment sont pris en charges les aliénés, sourds et aveugles ? Comment les communes parviennent elles à prendre en charge les mendiants quand elles ont elles-mêmes peu de revenus ?

Les recherches nous firent découvrir que Reckem était un dépôt de mendicité. Rappelons que cette région était française à la naissance de Jean Baptiste et sous le coup des lois de ce pays. Une avancée majeure fût faite à cette époque, alors que dès l’Ancien Régime la mendicité et les vagabondages étaient interdits, un arrêt du Conseil du Roi Louis XVI du 21 octobre 1767 permis la création des dépôts de mendicité, pour suppléer à l’Hôpital Général. Napoléon Ier en imposa un par département en 1808. Si dans un premier temps il s’agissait d’un établissement de « réclusion des mendiants et de gens sans-aveu », ils accueillirent peu à peu les populations pauvres, vagabonds, prostituées, filles mères, fous, vénériens dont on ne savait où les mettre ailleurs.

A cette période, des biens nationaux, monastères, châteaux furent appropriés par l’Etat par la réunion au domaine national des biens de main-morte y compris ceux des fondations charitables. Ces établissements se voulaient « modernes » en utilisant la main d’œuvre pour éviter au peuple de retourner à la mendicité. Les reclus avaient le droit de quitter le dépôt en échange d’un an de travail.

Si dans l’Ancien Régime, l’Etat avait le devoir de secourir financièrement les pauvres, cette situation mettait en péril ses finances, alors depuis l’an V (1797). « Le devoir de secourir les pauvres, incombe, aux communes et, depuis cette époque, il n’a point été transféré à d’autre autorité. » (source 1)

“Quelques années s’écoulèrent sans qu’on touchât à la législation. A la suite des guerres de 1814 et 1815 et de la disette survenue en 1816, n’ayant plus de travail, ne trouvant plus de quoi se nourrir, réduits à une extrême misère, les habitants des campagnes affluèrent vers les villes qui possédaient des institutions charitables. Le danger de cet exode motiva le vote de la loi du 28 novembre 1818, dont le but principal était de rendre plus dures les conditions d’allocation des secours. Le moyen le plus sûr d’atteindre à ce résultat était d’augmenter la durée du temps de résidence dans la même commune pour l’acquisition du domicile de secours. Le législateur ne manqua pas de l’employer. Pour solliciter utilement le secours d’une commune il fallut certifier y demeurer au moins quatre années consécutives.”

“La loi du 18 février 1845, porta se délai à huit années ! « Ce fut une crise industrielle d’une gravité exceptionnelle. Une des principales industries des Flandres, la filature de lin qui, jusqu’alors avait utilisé un grand nombre de bras se transforma complètement par suite de l’emploi des machines. Des milliers d’artisans furent privés de travail. Le paupérisme se développa rapidement dans les Flandres. De nouveau, comme un lieu de salut, les villes riches en œuvres de bienfaisance apparurent aux malheureux. Le mouvement fut tel que les Chambres, presque unanimement, reconnurent le besoin d’opposer à cette invasion une barrière meilleure que celle élevée par le législateur de 1818.  
Cette loi de 1845, fut remaniée, discuté et votée en 1876. “…le législateur réduisit de huit à cinq ans le temps nécessaire pour acquérir un domicile de secours dans une autre commune”. 
Le fonds commun était formé dans chaque province au moyen de contributions, dont le Conseil provincial fixait la quotité pour les diverses communes du ressort d’après la population. Cette caisse, intervenait jusqu’à concurrence des trois quarts dans l’entretien :
1° Des indigents qui avaient quitté la commune de leur domicile de secours depuis plus de cinq ans sans en avoir acquis un nouveau :
2° Des aliénés, des aveugles et des sourds-muets.”

Et c’est donc là que nous retrouvons Jean Baptiste, infirme de vue, car depuis 1876, il peut être pris en charge par la commune de la province de la résidence qu’il habite depuis sa naissance.

« Une nouvelle loi fût votée le 27 novembre 1891 sur l’assistance publique, le service médical gratuit et la répression de la mendicité et du vagabondage. Elles forment la législation d’ensemble sur la bienfaisance publique, actuellement en vigueur.» 

Les communes sont elles à même de régler cette assistance publique ? Une fin de vie ailleurs. 


“Une des particularités de ces lois est l’inégalité des revenus (de la bienfaisance) de ville en ville, de commune en commune. Cette disproportion est parfois bien choquante. De nombreuses contestations et abus furent constatés lors de l’application de cette loi, en particulier, le refus ou le glissement vers l’oubli de certaines petites communes refusant de régler leur part correspondant à un quart. Ainsi, l’auteur cite : « diverses communes rurales qui n’ont pas craint de se débarrasser de leurs malades, infirmes ou indigents, en les faisant « déposer » sur le territoire de villes riches en revenus charitables ou en les y envoyant en chemin de fer. 
A la commission royale de Bienfaisance, M. Roelants, chef de division des hospices de la province de Limbourg, a pu dire que les administrations publiques se croient autorisées, surtout dans les petites localités, à refuser un secours aux indigents, en se prévalant de ce que leurs ressources sont restreintes.” (ibidem p105 lois sur l’assistance publique)(source 1)

Les dépôts de mendicité en Belgique en 1889 à la date du décès de Jean Baptiste


Ils sont donc au nombre de cinq :
Dépôt de Bruges : affecté aux mendiants des provinces de Flandre occidentale et de Flandre orientale.
Dépôt de Bruxelles (Abbaye de la Cambre) : Affecté aux mendiants de la province de Brabant.
Dépôt de Hoogstraeten : Affecté aux mendiants de la province d’Anvers. 
Dépôt de Mons : Affecté aux mendiants des provinces de Hainaut, de Luxembourg et de Namur.
Dépôt de Reckheim : Affecté aux mendiants des provinces de Limbourg et de Liège (source 2)

La Belgique est composée de neuf provinces, il n’y a que 5 dépôts aux places limitées. Il aurait donc dû être affecté à celui de Mons qui prend les mendiants du Luxembourg, on pourrait penser qu’il n’y avait plus de place à Mons et que Jean Baptiste fût bifurqué vers Liège (deux villes francophones) qui l’a ensuite « déposé » à Reckheim. 
             

Source : Dictionnaire géographique du Limbourg p121 par Ph. VANDER MAELEN Bruxelles 1835

Je ne suis pas sûre que cet homme ait imaginé une fin de vie dans le noir et encore moins entourés de personnes ne parlant pas sa langue. Comment aveugle et âgé pouvait-il subvenir à ces propres besoins, comme le décrit si “joyeusement” l’encart concernant Reickheim ? 

Lorsque le pays devint Belgique certaines dispositions émanèrent du gouvernement français antérieur, dont celles concernant la prise en charge, remaniées au cours des décennies pour devenir l’assistance publique de nos jours avec les Cpas - Centre Public d’Aide Sociale (Ccas en France).

Cet article à été développé à six mains:
Merci à Melody pour cette pépite et merci à J.P HABRAN, pour avoir fait les recherches qui nous ont conduite à retrouver Jean Baptiste HABRAN.

Merci à vous lecteur d'être allé au bout de cet article.

Brigitte


 1.Source : Gallica Bnf : L’assistance publique à l’étranger : Allemagne, Angleterre, Belgique, Pays-Bas, Suède et Norvège. Albert MONTHEUIL Paris 1899 Pour la Belgique p 83, 187. 

2.Source : Almanach Royal Officiel de Belgique (6ème année) 1845   H. TARLIER dépôt Östereichische Nationalbibliothek sur google books


Généalogie : HABRAN


les rois mages

Ces prénoms traditionnels de mes ancêtres d'une région très catholique, sont issus de la Bible.

Les rois mages voyagèrent depuis l’Orient pour apporter les présents à l’enfant, et arrivèrent le jour de l’épiphanie, le 6 janvier. Ils firent un long voyage en suivant une étoile pour rejoindre Bethléem.

"Ils entrèrent dans la maison, trouvèrent l'enfant avec Marie, sa mère, et, se prosternant, il l'adorèrent; puis ouvrant leurs trésors, ils lui offrirent des présents: de l'or, de l'encens et de la myrrhe." (Matthieu, II;11).

Au moment où ces ancêtres vécurent dans ce coin de terre, les changements politiques territoriaux furent nombreux en cette deuxième moitié du XVIIIème siècle. Ils ne voyagèrent pas comme leur saints patrons, mais certains changèrent plusieurs fois de nationalité pendant leur vie. Cette région est  depuis le 1er octobre 1830, le Luxembourg Belge. Les contemporains de cette période varièrent donc trois fois de nationalité, autrichiens, belges, français sans bouger de leur village.

L’or pour Melchior, symbole de la royauté


Un prénom
Ainsi, lorsque Melchior GILLET naquit à Bernimont, le 18 avril 1773, son village faisait encore partie des Pays-Bas autrichien, sous le règne de Marie-Thérèse d’Autriche et le gouvernorat de Charles-Alexandre de Lorraine.
Après la révolution Brabançonne, il fut un court laps de temps (1790) partie de l’Etat Belgique Unie, qui fut ensuite envahi et annexé par la république française en 1795.

Lorsque Melchior GILLET épousa le 13 décembre 1796, âgé de 23 ans à Namoussart*  (République française)  Marie Joseph OTHO  née le 30 avril 1779, âgée de 17 ans, leur village faisait partie de la République française fraîchement proclamée.

Son père Bernard GILLET né avant 1730, laboureur et charron, était décédé depuis le 22 juin 1790 à Bernimont, sa mère, Marie Jeanne DURNET décédée le 10 juillet 1800 (21 messidor an VIII) à Nolinfaing, Grapfontaine**
Les parents de sa promise étaient Jean OTHO tisserand (ca 1735-1803) et Suzanne Catherine BECHET (1747-1784)

Melchior, laboureur, cultivateur et Marie Joseph eurent une seule fille à notre connaissance.
Marie Françoise GILLET (1806-1868) et elle se maria en 1838 à Longlier avec Henri Joseph BERGÉ. (BERGER) mon sosa 42 dont nous recherchons le père (sosa 84) partis aux Amériques. Il y a beaucoup à dire sur cette branche et elle fera certainement l’objet d’un article.

Un patronyme,
Marie Jeanne MELCHIOR  se maria avant 1766 avec Jean Michel SERVAIS né le 2 décembre 1746 à Engreux*** Mabompré Pays-Bas autrichiens et  décédé le 8 décembre 1811 Engreux, Vellereux, République française  à l'âge de 65 ans, Manouvrier

Gaspard offrit l’encens, hommage à la divinité de Jésus.



Il s’agit ici d’un patronyme, présent à plusieurs reprises dans notre généalogie, comme il en a quelques uns, je choisirais les personnages de la même époque.

Jean Henri GASPARD était laboureur, il décéda avant 1780, très tôt car 7 ans après son mariage, à Engreux, Vellereux,*** Pays-Bas Autrichien.
Il se maria le 7 février 1773, à Engreux, Vellereux, Pays-Bas Autrichien avec Anne Marie CHARNEUX, qui est une cousine née en 1749, à Engreux, Vellereux, Pays-Bas Autrichien. Elle décéda en 1795. Je ne peux vous dire si elle fût belge ou française, ne connaissant pas le mois de son décès. Nous avons en commun, les ancêtres CHARNEUX dont son père Henri CHARNEUX (1718-1778) est notre sosa. Cette branche remonte jusqu’à Jean Henri du CHARNEUX (1593-1662) à Engreux. Endroit magique où se trouve une grande partie des ancêtres paternels.
Les parents de Anne Marie étaient donc Henri CHARNEUX (1718-1778) et Marie DUBANGE (-1767)
Ils eurent 2 enfants Jean Louis GASPARD (ca 1774) et Catherine Joseph GASPARD (ca 1775).

Et Balthazard dont le visage noir était couvert d’une barbe, portait la myrrhe qui servait à l’embaumement. 




Il s’agit encore d’un patronyme, bien que nous retrouvons plusieurs familles portant ce nom, je m’oriente vers la même époque et nous rencontrons:

Marie Marguerite BALTHAZARD, qui se marie avant 1760 avec Henri Joseph GILLET, né avant 1745, les lieux sont inconnus pour le moment. Nous ne connaissons pas les parents d’Henri Joseph GILLET et nous ne pouvons donc confirmer le lien de parenté entre lui et Melchior GILLET, pour le moment.
Ils auront 3 filles nées à Bérisménil, Samrée****, Pays-Bas Autrichien. Elisabeth, Marie Joseph et Marguerite, qui épousera notre Sosa Jean Jacques DUCHENE en 1789, période agitée par la révolution française et Brabançonne.



Histoire: quelques dates pour cette région
Pays-Bas Autrichien - 13 juillet 1713
Etat Belgique Unie -1790
République Française - 1795

Ces villages sont actuellement
* Namoussart, Longlier, Luxembourg, Belgique
** Nolingfaing, Grapfontaine, Staimont, Luxembourg, Belgique
***Engreux, Vellereux, Luxembourg, Belgique
****Bérisménil, Samrée, Luxembourg, Belgique

Si vous êtes peu familier de la façon de citer les lieux en Belgique, Namoussart est le village dépendant de la commune de Longlier, Province du Luxembourg et puis Belgique le pays.

Note: Si j’utilise le nous, ce n’est non point parce que je me prends pour le pape, le roi ou le président, c’est simplement parce que cet article a pu être écrit grâce aux recherches communes avec Melody.

Sources: images http://www.gallica.bnf.fr  les rois mages - Le lac des fées Opéra d'Auber : vingt-deux maquettes de costumes / par Paul Lormier

Généalogie: BALTHAZARD, BERGER, CHARNEUX, DUCHENE, GASPARD, GILLET, 

Petit manuel d'archivage en généalogie familiale 2020


Version 2020 2ème édition améliorée

 
Dorénavant vous pourrez trouver cet humble manuel directement en ligne et l’imprimer. S’il est gratuit, la vente n’en est pas autorisée sans mon accord ferme.

Cette série d’articles a été condensée suite au ChallengeAZ de 2017, qu’a initié Sophie BOUDAREL. J’étais alors dans le grand bazar et disons que la vie amenant quelques lots imprévisibles, je suis loin d’avoir fini ce rangement. Mais, la mise en pratique m’a permis d’améliorer cette méthode et ces derniers jours grâce à elle, j’ai réussi à faire un travail considérable !

La raison de cette réflexion n’a pas été seulement la sortie du bazar mais une manière d’organiser et de travailler tendant vers l’efficacité pour perdre le moins de temps possible et pouvoir jouir de l’essentiel. Je préfère passer du temps à reconstituer une vie à partir de tous les éléments, plutôt que de faire de l’encodage. Mais c’est une étape obligée, alors j’essaye de la rendre aisée. 


Professionnelle de santé, mon métier me fait rencontrer beaucoup de monde avec plus ou moins de problèmes, à plus ou moins long terme. Certains possèdent des dossiers d’une page et d’autres malheureusement ont de quoi remplir un carton. J’ai intérêt à retrouver immédiatement le dossier du patient que j’ai en face de moi qui revient après 5 ans et je ne me vois pas prendre un quart d’heure en cherchant partout où j’ai bien pu mettre ce dossier. Je suis équipée d’un logiciel métier efficace, mais la pratique de la généalogie m’a permis d’améliorer mon classement et de devenir de plus en plus performante. Le temps passé à tout mettre en place, me fait gagner un temps précieux sur le terrain. Lorsque j’ai un rendez-vous et qu’il me faut trouver un dossier, la manière la plus simple et rapide est le nom et le prénom de la personne, ajouter des précisions à l’intérieur du dossier est précieux, c’est prendre le temps d’être rigoureux pour aller plus vite ensuite.


Quelques surprises sont formatrices. Comme le jour où j’ai rendez-vous avec Charles BEC (nom imaginaire) j’en trouve trois dans le logiciel, et de plus ils sont nés la même année pour deux d’entre eux et le troisième une année après. Ils habitent tous la même ville, aucun n’a un deuxième prénom et pas de bol pour moi, ils ont tous les trois, mal au pied droit. Lesquels des trois vais-je voir ? Je ne connais pas leur épouse ou leur compagne, ni leur famille.  Je trouve donc dans le logiciel : leur date de naissance, qui se traduit en numéro de sécurité sociale par un même début.

Charles BEC 1989.02.18 soit secu 1 33 89 2…

Charles BEC 1989.02.23 soit secu 1 33 89 2… Pas de bol c’est le même
Charles BEC 1990.04.10 soit sécu 1 33 90 4


Il ne m’apportera pas plus d’infos. Rien pour m’aider finalement, à part leur présence physique. Le jour du rendez-vous je reconnais la personne et demande plus de détails que je note dans son dossier. Ces trois Charles, sont constamment administrativement pris les uns pour les autres et ne se connaissent pas. Mais quelques fois les amendes de l’un vont vers l’autre. Les soucis se partagent.

Cette mésaventure est très courante, nous la gérons très régulièrement, et en généalogie les DULLIEU dans l’article D comme DULLIEU ont bien failli nous faire perdre le nord à Melody et moi-même surtout la série de 10 Jean Baptiste et de 7 Martin, dont plusieurs se sont mariés entre famille par frères et sœurs interposés. 

N’étant pas archiviste, cette méthode est très certainement perfectible. Je me suis inspirée des sources internet de Marie Anne CHABIN archiviste. Des archivistes suisses et des services d’archives historiques, les listes sont sourcées dans le texte.



A retenir :
Simplifier : En nommant de façon rigoureuse, et identique, préparer le terrain, prend du temps, mais pour en gagner par la suite, ranger de façon logique et identique
Permettra de trouver, en trois minutes ou en trois mois, tout dépend…

Cordialement
Brigitte


Une histoire de Noël


Mon âme d’enfant aime particulièrement les fêtes que l’on célèbre par des contes, autant Pâques, que Saint Nicolas et celle de la Nativité. Il y a peut-être là un certain atavisme, avoir entendu raconter les récits familiaux, leurs a donner une charme supplémentaire. Alors voici une histoire, qui raconte comment je descends du père NICOLAS et aussi du père NOËL, les deux à la fois et elle est certifiée authentique.

L’année s’est écoulée et décembre est arrivé, les enfants comptent les jours sur les doigts de leurs petites mains. Entre Ardennes et Gaume, depuis la Toussaint, les petits s’emmitouflent d’écharpes, de gants et de bonnets, les chaussures sont trempées car sur les routes humides, l’eau pénètre jusqu’à leurs petits orteils et les gèlent.
Sur le chemin de l’école, matin et soir dans le noir, les grands leur expliquent pourquoi de longues trainées roses ou oranges couvrent le ciel certains jours. Un événement important est en préparation, Saint Nicolas a allumé ses fours, pour préparer les délicieux biscuits couverts de sucre glacé de toutes les couleurs. Le grand Saint est le premier à ouvrir les festivités de cette préparation de Noël, car en décembre tous les jours sont sacrés.

L’autre matin, à l’église, le premier cierge de l’Avent a été allumée par le prêtre. Les petits ont compris que l’on se rapprochait de leur fête, celle où ils seraient gâtés par leur Saint, alors, dès la sortie de la messe, ils se sont mis à chanter:

Ô grand Saint Nicolas, patron des écoliers,
Apportez-moi du sucre dans mon petit soulier.
Je serai toujours sage comme un petit mouton,
Je dirai mes prières pour avoir des bonbons.

Venez, venez Saint Nicolas!
Venez, venez Saint Nicolas!
Venez! Venez Saint Nicolas!
Et tralala!

Et de chanter les tralalas en s’accroupissant et tapant des mains sur les genoux. La chanson, dite à tue-tête, montant de ton à chaque reprise.

NICOLAS un nom de famille


Lucie, née en 1911, n’était pas en reste pour chanter, surtout qu’elle avait une bonne raison de croire qu’elle aurait sa part de jouets. Évidemment quand on s’appelle NICOLAS, ont y croit plus fort que tous les autres.

- Tu peux chanter pour moi aussi, lui demandait sa copine de classe. Ton papa, il a des moustaches comme Saint Nicolas, il est de sa famille?
- Oui, oui, répondait, Lucie, innocente de la vérité derrière le conte.

Pendant ce temps, sa mère Victoire ROBLAIN (1881-1960) et son père Émile NICOLAS (1877-1946) préparaient dans le plus grand secret, les poupées de chiffons que le grand Saint apporterait dans l’assiette que Lucie aurait posé sur la table de la salle à manger, même ses petites sœurs  encore bébés seraient gâtées. Elle y placerait aussi un verre de lait pour le Saint et une carotte pour l’âne, celle-ci serait croquée et des traces de dents prouveraient qu’il était bien descendu, très mystérieusement dans la salle.

Et pourtant, la première guerre mondiale, faisait résonner ces canons du côté de Verdun. Lucie avait 3 ans en 1914 et donc 7 ans à la fin de la guerre. Heureusement, ces parents avaient songés à préserver autant que possible,  leurs petites de toutes ces horreurs. La vie était dure, mais Victoire avait de la famille en ferme, ils ne manquaient de rien.

Ainsi s’approchant du 6 décembre, les enfants devenaient de plus en plus sages, car la menace du Père Fouettard, les inquiétaient énormément. Cet homme avec un drôle d’habit, et un martinet à la main, avait la réputation de punir les enfants désobéissants.

La joie du matin du 6 décembre résonne encore dans les maisons à l’heure actuelle. Le réveil était rapide ce matin là, il fallait immédiatement vérifier qu’il était venu, remplissant, les assiettes de biscuits colorés, de noix, noisettes, amandes, mandarines et oranges, chocolats à l’effigie du Saint, pièces d’or en chocolat, pain d’épice, couques de Dinant au portrait du Saint et joujoux. Les massepains représentant les cochons roses, les pommes de terre, pêches, oranges, et pommes rouges étaient aussitôt croqués.  Les yeux émerveillés des enfants était remplis de paillettes, l’excitation était à son comble.  Lucie, ne manqua pas de crier au pied de l’escalier, un grand : Merci, Saint-Nicolas!

Les jours qui suivirent furent essentiellement consacrés à la découverte des nouveaux jeux. Et puis, L’Avent vit passer la Sainte Lucie, le 13 décembre,  décidément, elle en avait de la chance, une fête rien que pour elle!

A l’approche de Noël, le curé égrenait le temps qui se rapprochait de la fête chrétienne. Il rappelait, que c’était une fête de partage et d’accueil de l’étranger qui cherche refuge pour la nuit. Narrant encore, l’histoire de Joseph et Marie enceinte partis rejoindre Bethléem pour être recensés, cherchant vainement un logis. Qui frappant à toutes les portes et se voyant refuser tout hébergement, et finissaient par trouver une crèche pour y passer la nuit. Là, où Marie, mit au monde l’enfant-Jésus. Il contait aussi, l’histoire mystérieuse des Rois Mages découvrant l’étoile du Berger qui leur indiqua le chemin pour apporter les présents, or, myrrhe et encens à cet enfant-Roi nouveau né.

Au retour de la messe, Lucie voulut à tout prix construire la crèche. Mais les parents n’étaient pas d’accord, en effet, il fallait attendre les dernières jours, car le sapin allait perdre ses épines et ne ressemblerait plus à rien. Sa patience était mise à rude épreuve. Noël c’était la fête des grands, les petits recevaient souvent des mouchoirs ou un cadeau utile, mais la préparation des repas et des bonnes choses à manger l’ enthousiasmait. Même en temps de guerre, on est capable de faire la fête avec peu.

Le calendrier de l’Avent annonça le dernier dimanche avant Noël, une grotte fût fabriquée en chiffonnant du papier brun, les santons de plâtre tirés de leur carton, furent placés dans cet abri sous le sapin. On y déposa Joseph, le charpentier, Marie avec sa robe bleue, l’âne et le bœuf et rien d’autre, il fallait respecter le déroulement de l’événement. On mettrait le petit Jésus le 25 décembre pas avant, et les rois mages étaient loin de la crèche, ils progressaient lentement comme les bergers et n’arrivaient qu’à l’épiphanie, le 6 janvier.

NOËL, une famille dont le plus ancien est né un 25 décembre!


Dans la famille, Lucie appris très tôt que son grand-père s’appelait NOËL, elle en était fière, et ses compagnons d’école avaient du mal à y croire.

-  Deux chez toi et rien chez nous, ce n’est pas juste! Tu as NICOLAS et NOËL!
- Je suis très sage, répondait-elle avec toute l’assurance de ces six ans.

Marie Catherine Victoire ROBLAIN, la mère de Lucie et mon arrière-grand-mère était la sixième d’une fratrie de dix enfants, son père s’appelait Pierre Joseph ROBLAIN (1842-1912), sa mère s’appelait Marie Marguerite NOËL, (1845-1910). Victoire dont le prénom a été préféré après la victoire de 1918,  avait épousé Emile NICOLAS le 10 août 1910 et malheureusement perdu sa mère vers cette année là. Si bien que Lucie, ne connu pas sa grand-mère.

Marie Marguerite descendait d’une longue lignée de NOËL, provenant du Luxembourg, dont les changements politiques, les ont fait tour à tour français, luxembourgeois, autrichiens et puis finalement belge.

Son père, était Jean Baptiste NOËL (1816-1862), et sa mère Marie Marguerite GERARD ( 1820- 1885)

Son grand-père, était Jean François NOËL (1776-1844), et sa grand-mère Marguerite FINEUSE (1780-1804)

Son arrière-grand-père était Pontian NOËL, né le 25 décembre 1748 à Habaru, Léglise, Luxembourg, Pays-Bas autrichien (à l’époque) et décédé le 10 février 1815, son arrière-grand-mère était Marie Françoise BOSICARD (1749-1818)

Son arrière- arrière-grand-père était Jean NOËL en résidence à Habaru, en 1766 et marié avec Madeleine JACOB.

Nous perdons ensuite la trace du père NOËL, qui je n’en doute pas vient du Nord, les recherches sont encore en cours et Rodolphe le renne, m’aide à transporte le courrier sur les voix impénétrables du net.

Les petits commentaires inscrits dans cette histoire m’ont véritablement été racontés par ma grand-mère Lucie NICOLAS. Comment voulez-vous que j’oublie mon âme d’enfant?  Je vous laisse, je vais préparer les biscuits au gingembre et les pains d’épices… Les mains pleines de farine, je vous souhaite un très joyeux Noël à tous.

Généalogie : NICOLAS, NOËL, ROBLAIN, GERARD, FINEUSE, BOSICARD, JACOB

Le goût du passé familial : pratiques de commémoration et appartenances.


Les mondes de la généalogie - Colloque international du 24-25 janvier 2019 Université d’Angers
Diffusions et transformations d’une pratique amateur à l’échelle transnationale.

Benoît de L’ESTOILE[1]

La définition de familles est différente selon le contexte dans lesquelles elles évoluent, nous verrons ici trois zones du monde complètement différentes, le Bénin, le Brésil et la France.

Un pays d’Afrique où la mémoire de lignée est capitale pour les souverains.


Au Bénin, découvert en 1730, par le Portugais E. de CAMPOS qui renomme la ville d’Adjatché en Porto-Novo, les arbres familiaux sont complexes. Dans ce royaume de Porto-Novo ancien se trouve deux rois qui vivent dans des palais différents et très modestes, l’un gouvernait le jour et l’autre la nuit. Les fonctionnaires royaux étaient soumis à pression et devaient produire un art à la gloire du souverain et de ses hauts faits d’armes. La mobilisation pour la présentation est importante. Les clans sont nommés et regroupe les ascendants des dynasties royales de chacun des rois. Le culte est présent dans chaque acte de la vie.

En 1874, Toffa (1850-1908) prend le pouvoir et son règne est marqué par une alternance de conflits et d’alliances avec ses voisins militairement puissants et expansionnistes -les royaumes du Dahomey, d’Angleterre et de France. Les conflits sont alimentés par les rivalités de connaissance des dynasties passées où abondent du matériel historique et cognatique (Se dit d’un mode de descendance ou filiation passant aussi bien et indifféremment par les hommes que par les femmes.)

La transmission du trône se fait par confirmation de la légitimation de l’individu. L’utilisation de la temporalité est permanente. La référence aux ancêtres défunts l’est également, dans la maison mère, un espace est habité par le présent et un autre par les défunts. Il y a saturation du quotidien par le passé.

nr : Pour en savoir plus sur l’histoire du Dahomey –Bénin

En Amérique latine, le Brésil montre peu d’intérêt pour les lignées.

Au Brésil -terrain d’étude, on rencontre peu d’intérêt pour la mémoire en général, s’il y en a, on ne remonte pas plus loin que trois générations. S’il existe un album familial, il sera plutôt vu comme intéressant pour la photographie et non pour l’histoire familiale. L’intérêt familial se fait peu pour les cousins et au-delà il faut demander aux parents qui est qui.

Les personnages plus importants ont pour certains une généalogie écrite par d’autres. On peut trouver en ligne un début de généalogie de J. A. WANDERLEY (1815-1889) Premier baron de Cotegipe, Premier ministre du Brésil, sénateur et Grand de l'Empire. Descendant de nobles hollandais émigrés au Brésil au XVIIe siècle. Par ex sur ce lien 

La société brésilienne cultive les liens familiaux de manière à s’apparier avec les différentes émigrations. Elle va également tenter de se légitimer selon leur désir d’approprier des zones foncières. Il émerge une communauté des individus dont l’histoire est l’ancêtre fondateur - ancêtres esclaves venus d’Afrique sans pouvoir parler de généalogie. Ce qui importe ici est la saga familiale ou la saga des migrations esclavagistes.

Le goût du passé familial des français


En France, dans les vieilles familles Briardes de la ville de Meaux (Seine et Marne), il existe des sociétés savantes d’histoire locale, avec des obligations statutaires, donc bien organisées. « Se désintéresser de cette histoire c’est renoncer à cette histoire ».
Les liens ont été amenés par la terre. Un homme écrivait l’histoire de sa famille et en binôme écrivait l’histoire de la terre. Ces sociétés savantes ont une dynastie établie par l’ancienneté dont ils disent « Nous notre noblesse, c’est l’ancienneté ». Les gens de Meaux occupant le château l’on racheté aux nobles et n’ont donc pas d’arbre généalogique, mais clame que leur arbre est le cimetière -dans la terre.

Anecdote : Un maraîcher retraité, protestant de père en fils, habitait la même maison depuis le XVIIème siècle. Le drame personnel de cet homme était qu’il n’avait qu’une fille qui de plus se maria avec un catholique. Pour cet homme, cette rupture de lignée correspondait à une perte de soi et le rendait dernier des Mohicans de ces vieilles familles, il était le vieux du faubourg. Si l’histoire familiale restait privée, l’histoire publique était dite.

L’arbre généalogique constitue une ligne de vie et en plus de cela cet homme a constitué un musée personnel avec chaque objet typique de ces cercueils -trésors familiaux qui matérialisent son ancienneté. Il a monté une conservation des outils du travail maraicher et des protestants de Meaux.

Une grande réunion familiale autour de la première guerre mondiale

 

L’histoire de la famille ne peut être constitué de faits désagréables alors qu’elle cherche à ne garder que quelques faits honorables qui seront rendus publics. Les commémorations de la première guerre mondiale ont été l’occasion de ramener des souvenirs pour les représentants d’une famille et de mélanger histoires familiales et histoire publique.

Le centenaire de la mort de Louis a été l’occasion d’une grande réunion familiale. Louis l’ancêtre a eu six enfants et quatre cent cinquante descendants, à l’appel des commémorations de 14-18, cent dix-sept répondirent présents, deux absents pour raisons de santé. Les adolescents présents à cette réunion découvrirent les combats, Verdun, la famille dans son sens large.

Lors de cette journée, les lignées descendantes sont représentées par quatre couleurs, chacune attribuée au fils -ancêtre faisant la jonction avec Louis. Une présentation est faite de l’ensemble de la généalogie entre 1200 et 2000. L’on s’aperçoit qu’il y a des descendants soldats, pour la patrie et les honneurs, des descendants religieux dont un qui a été ethnologue avant de devenir prêtre, on peut également constater l’alliance entre l’aristocratie et la bourgeoisie.

Après un repas où chacun a été libre de se placer, une réunion est prévue au cimetière de Fleury devant Douaumont (Meuse). Il est alors fait un discours où l’on parle de mort sacrificielle et où le temps s’écrase entre 1914 et 2014. Une messe commémorative au descendant, prêtre catholique évoque la transmission de la prêtrise en plus de celle des armes.

Cette généalogie familiale est tenue à jour par un vieil oncle qui structure ainsi la famille. Souvent la fille non mariée tenait à jour les histoires familiales. Dans la saga familiale, l’épouse de Louis devenue veuve acheta une maison dans le Jura. L’été était l’occasion de retrouvailles entre cousins. On peut ainsi comprendre le rôle des maisons de famille dans toute la structuration. Le sens de la mort du centenaire est de réunir les parents par familles descendantes, ce qui fait exister la famille élargie. Ceci donne aussi une affirmation : la force de la continuité, alors même qu’il y a appauvrissement de certaines branches ou départs internationaux.

Conclusion :
Tout ce travail souligne ces différentes pratiques qui reproduisent l’appartenance et dont les descendants seront existants et décrirons la famille.

L’existence d’un lieu familial, même ancien, la commémoration d’un ancêtre, décrit un mode d’appartenance. La généalogie est une des formes de transmission de ce passé, il reste un outil.

La généalogie anthropologique est différente de la généalogie familiale. La variabilité des mémoires et de l’usage qui en est fait ont été décrites au Brésil et au Dahomey - Bénin. 





[1] Directeur de recherches au CNRS, Centre Maurice Halbwachs, professeur d’anthropologie à l’Ecole Normale Supérieure.
Conférence dans le cadre du Colloque international du 24-25 janvier 2019 Université d’Angers
Les mondes de la généalogie Diffusions et transformations d’une pratique amateur à l’échelle transnationale.
Le goût du passé familial : pratiques de commémoration et appartenances.


JRI POLAND ou l’archivistique généalogique juive virtuelle


Les mondes de la généalogie Colloque international d’Angers
Diffusions et transformations d’une pratique amateur à l’échelle transnationale. 

Séance 3 : Nouvelles pratiques de la généalogie et conceptions de la parenté

Intervenant : Virginie WENGLENSKI      Mise à jour par la conférencière


La découverte du décès d’arrières grands parents polonais à Auschwitz fût le début d’une aventure généalogique menant au métier d’archiviste. Établie à Montréal depuis 2000, l’adhésion à la Jewish Society of Montréal (JGS-Montréal), concepteur du site Jewish Records Indexing- Poland (JRI-Poland) devint une nécessité.



Les recherches d’une généalogie juive polonaise en Europe de l’Est sont particulièrement difficiles pour diverses raisons bien connues. 

Les persécutions et les expulsions depuis des siècles, les migrations de pays en pays, les exactions ; les changements incessants de frontières ; les registres mal tenus (on peut mettre des jours, des mois, voire même des années avant de déclarer une naissance, un mariage ou un décès). On peut toutefois compter sur les recensements (qui permettent de taxer les communautés juives) … mais uniquement pour les hommes. En Russie, on change de nom pour éviter un service militaire de 25 ans. Les noms de famille symbolisent souvent une ville (ex : Piotrkow-Trybunalski devient Piotrokowski). Ils peuvent être mal orthographiés : erreur de transcription lors d’immigration, cas d’analphabétisme fréquents, homonymes…


Pour finir la Shoah qui a créé une véritable fracture abyssale dans et entre les individus. Beaucoup de documents ont été détruits par les nazis (processus génocidaire) mais aussi par les personnes juives (peur d’être identifiées, bon combustible pour se réchauffer…) Il y a la période avant et après la Shoah.

Si l’on prend l’exemple d’une généalogie de la troisième génération descendante soit les petits-enfants, la perte des membres de la famille a pu laisser les parents - qui étaient alors des enfants - muets sur la mémoire familiale, il est alors difficile de se construire un arbre sans ces références mémorielles.  De plus, le phénomène est bien connu, les gens ayant vécu de grandes souffrances restent silencieux sur cette période trop grave. Comment interroger sans témoins. Comme savoir qui étaient les grands-parents, comment faire des recherches sans savoir s’il est seulement possible de retrouver leur trace d’autant que la mémoire intergénérationnelle laisse un vide immense, un trou béant.


Un exemple concret de recherche nous est présenté et il met en évidence la complexité de ces recherches. La recherche s'effectue du côté paternel dont le pays d’origine est la Pologne.

Dans ce cas, la mémoire familiale raconte que les grands-parents ont été déportés sans plus de précision. Le fait connu est : ils ne sont jamais revenus. Un début de piste pourrait être le Mémorial de la Shoah, la liste des noms des personnes disparues dans le génocide de la seconde guerre mondiale s’y trouve et effectivement les grands-parents sont bien cités. Leur nom et la date de leur disparition 23/07/1943 à Auschwitz. Nous avons donc maintenant la structure familiale qui s’agrandit avec des noms complets, des dates et des lieux de naissance. L'accès à leur dossier de naturalisation va nous amener plus loin.

Il suffirait d’entreprendre des recherches en Pologne, si possible…

Mais on se heurte à plusieurs problématiques : l’état civil n’est obligatoire qu’à compter de 1808 pour les juifs et les noms de famille ne leur seront imposés qu’à partir de 1821. L’histoire mouvementée du pays rend les noms de lieu très versatiles (slave, germanique). Il existe plusieurs villes ayant le même nom (474 x Piaski, 290 x Katy…). La mouvance des frontières impose parfois des recherches « internationales » en deux langues (polonais et russe). Le cas de Dubno, anciennement en Pologne et maintenant en Ukraine est représentatif. 


JRI-POLAND, organisme Montréalais a été créé en 1995 pour permettre de retrouver ses ancêtres, identifier de la famille victime de la Shoah, retrouver des membres à des fins médicales... C’est une immense base de données entièrement gratuite qui indexe des noms, des années, des types d’actes et renvoie généralement vers le site des Archives nationales polonaises, les microfilms des Mormons d’autres partenaires pour accéder à l’acte. Mais il y a bien plus que des références à des documents d’état civil.

Une recherche sur ce site a permis de retrouver l’acte de naissance de la grand-mère, il est en russe et grâce à l’aide de bénévoles, il est aussitôt traduit. Une piste est ouverte, il faut continuer à reconstruire l’arbre.

généalogie d'ancêtres disparus


JRI-POLAND est alimenté essentiellement par des bénévoles à tous les niveaux d’entraide. Les apports de cet organisme sont multiples : médical (recherche sur la bêta thalassémie, maladie du sang rare chez les ashkénazes), politique (entente multiple entre le Canada et la Pologne), culturel (participation à des émissions télé américaines), juridique (recherches testamentaires), académique (recherches universitaires), psychologique (aide à se construire, offrir une tombe à ceux qui n’en n’ont pas), archivistique (ouverture d’archives et numérisation).


La recherche sur le site est facile, et les entrées sont simples. Vous trouverez un encadré qui vous explique comment faire. L’adresse du site : https://jri-poland.org/

Notice bibliographique de la conférencière : La conférencière a mené une carrière de professionnelle et de gestionnaire pendant quelque 25 ans au sein d’entreprises françaises et québécoises. Parallèlement, elle a mené des activités de recherche dans le monde des archives et de la généalogie. Diplômée de l’Université de Montréal, elle poursuit une maîtrise en sciences de l’information (archivistique). Elle s’intéresse à la problématique des archives dites sensibles et aux conséquences qu’elles peuvent avoir, particulièrement dans le domaine de la généalogie.

Quelles généalogies et quelles archives pour la généalogie aux Comores et à Mayotte ?


Les mondes de la généalogie Colloque international d’Angers

Diffusions et transformations d’une pratique amateur à l’échelle transnationale.
Séance 4 : Les généalogies et les institutions : pratiques, ressources, histoires.


Intervenant : Charly JOLLIVET[1]



Se rendre dans l’Océan Indien, pour un long séjour d’archiviste, c’est ce qu’à fait Charly JOLIIVET. Les Comores sont constituées de quatre îles dont une administrée par la France : ce sont les îles autonomes de Grande Comore (Ngazidja), d'Anjouan (Nzwani), de Mohéli (Mwali) ainsi que Mayotte (Mahore) département français. L’étendue de ces îles est de 2612 Km² pour 813.912 habitants. « Dans cette région du monde où ancêtres et traditions occupent une place prépondérante, quand même l’écrit ne s’est imposé que tardivement, on pourrait s’attendre à ce que la généalogie suscite à minima, un intérêt. Et pourtant, les services d’archives montrent une quasi absence de fréquentation par le public de généalogistes. N’y a-t-il pas de réelles pratiques généalogiques ? »


Des freins multiples existent, la présence de nombreuses îles est le premier exemple, les moyens de transport par la mer, ne rendent pas les choses aisées. La partition des archives résultant de l’indépendance de ces anciennes colonies complique encore la situation. Les ressources d’archives conservées sont modestes et les politiques archivistiques menées peuvent expliquer l’absence de généalogistes.

D’autres freins sont à chercher dans le lourd passé colonial associé à l’esclavage et l’engagisme - l’engagé volontaire, usage apparenté au servage est connu comme la « condition de quiconque est tenu par la loi, la coutume ou un accord, de vivre et de travailler sur une terre appartenant à une autre personne et de fournir à cette autre personne, contre rémunération ou gratuitement, certains services déterminés, sans pouvoir changer sa condition ». Aboli en 1848, il est devenu une forme de salariat des travailleurs natifs des îles. Jusqu’en 1904, il constituait la moitié de la population (Exploitation de vanille, ylang-ylang, girofliers).

Le passé des ces îles dont le peuplement remonte au 7ème siècle, est assez mouvementé et a contribué à constituer une véritable société métissée. Les premiers habitants venus d’Afrique étaient Swahilis de culture bantoue. Plus tard, les échanges commerciaux maritimes avec le Moyen-Orient, en particulier la Perse et le sultanat d’Oman ont apporté la langue arabe et l’Islam dans la région. Les îles ont conservé des contacts avec la côte Africaine et Madagascar toute proche.

Au XVI siècle, les Comores sont fréquentées par les navigateurs portugais des routes maritimes, il s’installe une période de prospérité. Par la suite, de nombreuses rivalités politiques entre les sultans amènent les Comores à s’appauvrir considérablement, il n’y a pas d’unification possible. Règne alors, guerres, razzias, esclavagisme, engagisme.

La période post coloniale s’ouvre à la séparation de Mayotte du reste des Comores, Cette île restera département français alors que l’union des Comores fait partie de la Ligue Arabe (6 juillet 1975). Déchirements, haines résultent de ces fractures.

Pourtant quelques travaux généalogiques sont produits. En ces terres d’Islam la généalogie peut permettre de conférer une forme de prestige, surtout si l’on parvient à montrer que l’on descend d’un prophète et donner un aspect mythique à son origine arabe.
Etablir une généalogie aux Comores ou à Mayotte peut s’avérer très compliqué. La présence de la polygamie et les failles de l’état civil ainsi qu’un système de filiation spécifique rendent les démarches complexes. Le patronyme ne se transmet pas forcément aux descendants.

 Le système de filiation est matrilinéaire[i] uxorilocal[ii] dont le patrimoine est la maison familiale. Il n’y a pas de polygamie dans cette maison. La cellule familiale est simple. La mère met au monde, élève et nourrit ses enfants et marie aussi. La grand-mère élève un enfant, la mère peut également confier un enfant à une sœur ou une belle-sœur stérile.
Les quelques pratiques de généalogies connues, se font sur des forums, où l’on peut essayer de trouver en ligne des renseignements sur les îliens.

La complexité à trouver ses ancêtres est également due à la flexibilité de l’identité d’une personne. La graphie n’étant pas fixée ni en nom ni en prénom, une lignée n’a pas forcément le même patronyme.
Par exemple : 


Lors de la demande d’un acte de naissance supplétif, la commission des jugements supplétifs [iii]met dix ans avant de statuer. Les changements de noms sont très fréquents.

Les archives Comoriennes représentent plus ou moins cent mètres linéaires et 800 m aux Archives départementales. Il y a production d’un triple Etat civil. Les archives se trouvent en France. Les jugements supplétifs rendus par les cadis - Juges musulmans officiant civils se trouvent à Mayotte et sont inscrits dans différentes langues et sont bien explicites.

Finalement, le frein principal est d’avantage l’intérêt des personnes pour la généalogie. Une société en construction en mode survie va-t-elle rechercher ses origines ?




[i] Le système de filiation relève du lignage de la mère, pour la transmission, la propriété, les noms de famille.
[ii] L’habitat uxorilocal est fait dans le voisinage ou dans le village des parents de l’épouse.
[iii] Décision du tribunal qui demande une transcription lorsque celle-ci est inexistante. 





[1] Docteur en archivistique, Charly JOLLIVET est l’auteur de la thèse intitulée : Archives, archivistiques et logiques d’usage dans les territoires issus de la colonie de Madagascar de 1846 à nos jours. Naviguant entre les archives et la recherche, il a notamment été en poste aux archives départementales de Mayotte où des projets de coopération lui ont permis de renouer des contacts avec des archivistes et chercheurs comoriens.

Les associations nationales de généalogistes belges de l’après-guerre à 1970 : parcours d’institutions concurrentes sur la scène internationale.


Les mondes de la généalogie Colloque international d’Angers
Diffusions et transformations d’une pratique amateur à l’échelle transnationale.

Séance 4 : Les généalogies et les institutions : pratiques, ressources, histoires.

Intervenant : Joffrey LIÉNART[1]

« A la fin des années 1930, on assiste à un regain d’intérêt pour la généalogie en Belgique. A la même époque, se forment deux écoles de généalogistes : d’une part, l’école de la généalogie dite « historique », liée à la noblesse, et l’école de la généalogie dite « scientifique », issue des idées germaniques, plutôt réservée à la bourgeoisie. La communauté des généalogistes entre 1911-1914 est très faible.


Pendant la deuxième guerre mondiale, les deux écoles s’institutionnalisent en deux associations nationales : d’abord, en 1942 se crée l’Office Généalogique et Héraldique de Belgique, suivi de près en 1944 par le Service de Centralisation des Etudes Généalogiques et Démographiques de Belgique. Les deux associations s’affrontent à différents niveaux. Elles ont des idéologies et des clients différents pour des sociétés concurrentes.

L’une promeut l’héritage symbolique de la famille comme lignes de conduite pour les descendants. Le club est donc pour la noblesse.

L’autre, la SCGD tente d’apporter des réponses à la décadence sociétale, liée au problème démographique, en tirant des enseignements du passé. Le club est pour la grande bourgeoisie. LE SCGD, dont Joseph JACQUART et quatre confrères se rassemblent dans des restaurant, des cafés, jusque dans les années ’60. Leur but, venir en aide aux généalogistes amateurs sans distinction sociale, philosophique ou raciale. Ils souhaitent la promotion et la centralisation des études généalogiques et démographiques. Ils proposent un centre de documentation, des cours et participent à des expositions.

L’éternel combat de la noblesse contre la bourgeoisie avec des réseaux bien formés. Chacun a des idéologies et des conceptions bien différentes. La fusion est impossible à cause des particularismes.

L’après deuxième guerre mondiale, est marquée par la renaissance de la généalogie. Le contexte politique est favorable, il y a suprématie de l’eugénisme, et une propagande est faite pour la généalogie.

A la veille du boum des années ’70, l’opposition entre la noblesse et la bourgeoisie est toujours bien présente. En 1966-1967 : le prince Alexandre de MERODE, président de l’Office, invite les sociétés généalogiques à se rapprocher et c’est en 1970, qu’est crée la Fédération composée de l’Office, des Archives Verviétoises, de la Société des Bibliophiles liégeois, du Musée de la Dynastie, de l’Association des Demeures historiques, de l’Association des descendants des lignages, etc. 

Quelques mois plus tard, la Confédération internationale comprenant la Belgique, la France, les Pays-Bas, la Suède et la Suisse est créée.  (La SCGD n’en devient membre qu’en 1987). 


[1] Joffrey LIÉNART est diplômé de l’Université Libre de Bruxelles. Dans le cadre de son mémoire de Master, il a réalisé une étude inédite sur le monde des généalogistes belges de 1830 à 1970. Par la suite, il a été archiviste pour les Archives Générales du Royaume de Belgique et pour la Commission Européenne. Il est actuellement doctorant au Centre d’étude des religions et de la laïcité de l’Université Libre de Bruxelles. 

Conceptions communes sur l’identité, l’ascendance et le passé historique dans les pratiques généalogiques nord-américaines contemporaines


Les mondes de la généalogie Colloque international d’Angers

Diffusions et transformations d’une pratique amateur à l’échelle transnationale.
Séance 3 : Nouvelles pratiques de la généalogie et conceptions de la parenté

Intervenant : Caroline-Isabelle CARON[1]


« Depuis une vingtaine d’années au Québec, en Acadie et plus largement en Amérique du Nord, la pratique de la généalogie -et les concepts qui nourrissent ses méthodes et ses représentations- a grandement changé de ce qu’elle était au XXème siècle. Aujourd’hui tout chasseur d’ancêtres dispose d’une large panoplie de ressources électroniques en ligne, s’il a accès à internet …et à une carte de crédit. La prolifération des tests personnels d’analyse ADN a ouvert la voie au retour de la génétique dans la généalogie et aux inquiétudes que ce fait soulève, alors même que l’eugénisme avait heureusement été rejeté en masse au milieu du siècle dernier. L’imaginaire généalogique actuel a des conséquences très réelles sur la création de la mémoire collective dans un contexte où l’ADN est souvent considéré comme plus « fiable » et plus « scientifique » que les documents d’archives. Malheureusement, l’objectivité attribuée à la génétique permet le même type d’erreurs que la gymnastique documentaire privilégiée par moult généalogistes depuis des siècles. A l’instar de Darryl LEROUX et Kim TALLBEAR, on ne peut que constater que la généalogie actuelle au Québec et en Acadie permet de dangereux dérapages. Les questions de la race, du nationalisme de droite et de l’eugénisme font à nouveau voir leurs têtes d’hydre, alors même que de nombreux Acadiens et Québécois s’inventent des ancêtres autochtones pour confirmer la grandeur de leur peuple respectif. »

Nous assistons à une nouvelle période qui est celle de la transformation de la généalogie et des mots ancêtres.  Le généalogiste des années 1890 professionnel ou amateur étaient surtout intéressé par la recherche de noblesse ou de preux et pieux pionnier avec un attrait marqué pour l’ancêtre Anglo-protestant, ce qui montrait une option pour l’eugénisme, l’atavisme d’une bonne naissance.

La deuxième guerre mondiale montre un déclin de cette orientation, et vers les années ’70, on voit apparaitre un tournant vers l’identité de l’ego. La recherche est obsédée par l’ancêtre noble, le grand homme et donc le côté héroïque hérité de ces ancêtres. On se met à rechercher le meilleur ancêtre, par centaines si possible. L’identification se fait par papiers, par communication, on est entré dans une nouvelle période, celle du super héros.

Entre 1900 et 2000, rien n’a changé finalement. Ces définitions sont encore de fait, et pourtant une deuxième vague post deuxième guerre mondiale, s’annonce. Internet envahit les foyers et les gens l’investisse.  Les réseaux sociaux créés vers les années ’90, les bases de données sont de plus en plus en ligne officielles ou privées. En 1996, Ancestry.com (ancestry.fr n’est venu qu’ensuite) a un interface gratuit qui propose à un homme moyen blanc de trouver ses aïeux en quelques secondes. L’échange d’information se fait par les pixels et non plus par le papier, l’approche est donc différente.

Dans cette opération de marchandising en généalogie, l’ancêtre est le produit à vendre, valoriser et il contribue à recruter le plus de clients potentiels. Actuellement Ancestry DNA, la base ADN touche 7.000.000 de clients. L’arrivée sur le marché de MyHeritage et 23andme, contribue à gonfler les chiffres. Fournissant une analyse succincte avec une marge d’erreur, dont on peut en effet trouver l’explication mais en cherchant bien sur leurs sites. Ceux-ci encouragent leurs clients à utiliser leurs objets commerciaux. L’ordinateur individuel semble le moyen trouvé pour solutionner les absences de réponses dans les archives. Le public était dans l’attente de cette généalogie par l’ADN.

Par le passé, l’atavisme était inévitable et les recherches le prouvait sur papier avec un supplément d’âme. Actuellement, l’ascendance est la masse totale de tous les ancêtres révélés par les gênes, il y a donc « vérité scientifique ». L’atavisme est en ego et donc vivant en soi. Il y a affirmation : la science ne ment pas, la saga familiale peut être fausse.

Ces changements sont dus à plusieurs facteurs : Le travail en réseau par la création de bases de données par les utilisateurs avec erreurs et lacunes et absence d’ego. La volonté de retrouver la parenté perdue. L’agrandissement de cette notion de parenté du fait du partage d’ADN. En généalogie descendante, les ancêtres sont des fournisseurs de jeunes.

Un changement s’opère également car les présomptions ataviques sont revenues en force. L’attribut ethnique est recherché pour justifier ses ancêtres. Malheureusement, il s’agit d’une dérive politique, en Nouvelle Ecosse, au New Brunswick et au Québec, des individus de l’extrême droite montante utilise l’ADN pour tenter de prouver l’existence de gênes amérindiens, ceci dans le but d’utiliser les droits ancestraux sur les terres, la pêche. Peu importe comment, ils ont reçu ce bagage génétique, il y a un désinvestissement complet de leurs ancêtres et la saga se construit autour d’une histoire de viol.

Le mode traditionnel de la généalogie qui construisait une histoire a basculé vers: l’histoire c’est construite car l’ADN nous tombe dessus. 





[1] Caroline-Isabelle CARON se spécialise dans l’anthropologie historique de la culture populaire francophone en Amérique du Nord aux 19 et 20èmes siècles. Elle s’intéresse d’une part aux conceptions du futur sous la forme de la science-fiction et de la fan fiction et d’autre part aux rapports du passé sous la forme des commémorations, des légendes et de la généalogie. Elle aspire à approfondir l’encyclopédie collective québécoise et acadienne.