JRI POLAND ou l’archivistique généalogique juive virtuelle


Les mondes de la généalogie Colloque international d’Angers
Diffusions et transformations d’une pratique amateur à l’échelle transnationale. 

Séance 3 : Nouvelles pratiques de la généalogie et conceptions de la parenté

Intervenant : Virginie WENGLENSKI


La découverte du décès d’arrières grands parents polonais à Auschwitz fût le début d’une aventure généalogique menant au métier d’archiviste. Établie à Montréal depuis 2000, l’adhésion à la Jewish Society of Montréal (JGS-Montréal), concepteur du site Jewish Records Indexing- Poland (JRI-Poland) devint une nécessité.



Les recherches d’une généalogie juive polonaise sont particulièrement difficiles pour diverses raisons bien connues.  Les persécutions depuis des siècles, les migrations de pays en pays, les exactions et pour finir la Shoah qui a créé une véritable fracture abyssale dans et entre les individus. Il y a la période avant et après la Shoah. 
Si l’on prend l’exemple d’une généalogie de la troisième génération descendante soit les petits-enfants, la perte des membres de la famille a pu laisser les parents - qui étaient alors des enfants - muets sur la mémoire familiale, il est alors difficile de se construire un arbre sans ces références mémorielles.  De plus, le phénomène est bien connu, les gens ayant vécu de grandes souffrances restent silencieux sur cette période trop grave. Comment interroger sans témoins. Comme savoir qui étaient les grands-parents, comment faire des recherches sans savoir s’il est seulement possible de retrouver leur trace d’autant que la mémoire intergénérationnelle laisse un vide immense, un trou béant.

Un autre volet de la difficulté des recherches est dû aux expulsions, aux divers changements politiques de certaines régions, aux changements de lois et à la mobilité des populations juives.
Un exemple concret de recherche nous est présenté et il met en évidence la complexité de ces recherches. Pour simplifier, nous prendrons uniquement la recherche paternelle et le pays d’origine est la Pologne.

Dans ce cas, la mémoire familiale raconte que les grands-parents ont été déportés sans plus de précision. Le fait connu est : ils ne sont jamais revenus. Un début de piste pourrait être le Mémorial de la Shoah, la liste des noms des personnes disparues dans le génocide de la seconde guerre mondiale s’y trouve et effectivement les grands-parents sont bien cités. Leur nom et la date de leur disparition 23/04/1943 à Auschwitz. Nous avons donc maintenant la structure familiale qui s’agrandit.

Il suffirait d’entreprendre des recherches en Pologne, si possible…

Un autre facteur limitant est que les registres d’Etat civils ne sont pas toujours justes, les dates sont inexactes par contre les recensements sont plus corrects bien qu’ils soient surtout axés sur les hommes, ceci pour pouvoir taxer les personnes.

Au moment de la Shoah, les actions menées contre ces individus, les ont amenés à changer de nom entre autres raisons, éviter un service militaire de vingt-cinq ans ainsi que des destructions de personnes, ou tout simplement pour ne pas se faire repérer. Le nom de famille était alors pris en fonction de la ville où ils habitaient. Par exemple la ville de Piat donnait le patronyme PIATSKY. Ce nom ayant pu être pris par de nombreuses personnes n’’étant pas de la même famille laisse une difficulté supplémentaire. Jusqu’en 1825, les personnes juives étaient inscrites sur les registres catholiques ensuite un registre particulier à été imposé. Certaines régions Polonaises ont politiquement changé de pays et donc de langue. Les actes peuvent être en russe, en allemand ou en polonais. Dubno ancienne Pologne est en actuelle Ukraine.

JRI-POLAND, organisme Montréalais a été créé par la suite de la Shoah pour permettre de retrouver ces ancêtres. Une recherche sur ce site a permis de retrouver l’acte de naissance de la grand-mère, il est en russe et grâce à l’aide de bénévoles, il est aussitôt traduit. Une piste est ouverte, il faut continuer à reconstruire l’arbre.

généalogie d'ancêtres disparus


JRI POLAND est alimenté essentiellement par des bénévoles à tous les niveaux d’entraide. Les apports se font vers les archives, la médecine, la culture, l’éducation, la politique, la psychologie…
Une des contributions pour l’aspect médical est la recherche de Stanley Diamond sur la bêta thalassémie présente dans les familles ashkénazes. Une base de données médicales a été créée et va être alimentée par des données qu’ils achètent aux archives de l’état.

La recherche sur le site est facile, et les entrées sont simples. Vous trouverez un encadré qui vous explique comment faire. L’adresse du site : https://jri-poland.org/



Quelles généalogies et quelles archives pour la généalogie aux Comores et à Mayotte ?


Les mondes de la généalogie Colloque international d’Angers

Diffusions et transformations d’une pratique amateur à l’échelle transnationale.
Séance 4 : Les généalogies et les institutions : pratiques, ressources, histoires.


Intervenant : Charly JOLLIVET[1]



Se rendre dans l’Océan Indien, pour un long séjour d’archiviste, c’est ce qu’à fait Charly JOLIIVET. Les Comores sont constituées de quatre îles dont une administrée par la France : ce sont les îles autonomes de Grande Comore (Ngazidja), d'Anjouan (Nzwani), de Mohéli (Mwali) ainsi que Mayotte (Mahore) département français. L’étendue de ces îles est de 2612 Km² pour 813.912 habitants. « Dans cette région du monde où ancêtres et traditions occupent une place prépondérante, quand même l’écrit ne s’est imposé que tardivement, on pourrait s’attendre à ce que la généalogie suscite à minima, un intérêt. Et pourtant, les services d’archives montrent une quasi absence de fréquentation par le public de généalogistes. N’y a-t-il pas de réelles pratiques généalogiques ? »


Des freins multiples existent, la présence de nombreuses îles est le premier exemple, les moyens de transport par la mer, ne rendent pas les choses aisées. La partition des archives résultant de l’indépendance de ces anciennes colonies complique encore la situation. Les ressources d’archives conservées sont modestes et les politiques archivistiques menées peuvent expliquer l’absence de généalogistes.

D’autres freins sont à chercher dans le lourd passé colonial associé à l’esclavage et l’engagisme - l’engagé volontaire, usage apparenté au servage est connu comme la « condition de quiconque est tenu par la loi, la coutume ou un accord, de vivre et de travailler sur une terre appartenant à une autre personne et de fournir à cette autre personne, contre rémunération ou gratuitement, certains services déterminés, sans pouvoir changer sa condition ». Aboli en 1848, il est devenu une forme de salariat des travailleurs natifs des îles. Jusqu’en 1904, il constituait la moitié de la population (Exploitation de vanille, ylang-ylang, girofliers).

Le passé des ces îles dont le peuplement remonte au 7ème siècle, est assez mouvementé et a contribué à constituer une véritable société métissée. Les premiers habitants venus d’Afrique étaient Swahilis de culture bantoue. Plus tard, les échanges commerciaux maritimes avec le Moyen-Orient, en particulier la Perse et le sultanat d’Oman ont apporté la langue arabe et l’Islam dans la région. Les îles ont conservé des contacts avec la côte Africaine et Madagascar toute proche.

Au XVI siècle, les Comores sont fréquentées par les navigateurs portugais des routes maritimes, il s’installe une période de prospérité. Par la suite, de nombreuses rivalités politiques entre les sultans amènent les Comores à s’appauvrir considérablement, il n’y a pas d’unification possible. Règne alors, guerres, razzias, esclavagisme, engagisme.

La période post coloniale s’ouvre à la séparation de Mayotte du reste des Comores, Cette île restera département français alors que l’union des Comores fait partie de la Ligue Arabe (6 juillet 1975). Déchirements, haines résultent de ces fractures.

Pourtant quelques travaux généalogiques sont produits. En ces terres d’Islam la généalogie peut permettre de conférer une forme de prestige, surtout si l’on parvient à montrer que l’on descend d’un prophète et donner un aspect mythique à son origine arabe.
Etablir une généalogie aux Comores ou à Mayotte peut s’avérer très compliqué. La présence de la polygamie et les failles de l’état civil ainsi qu’un système de filiation spécifique rendent les démarches complexes. Le patronyme ne se transmet pas forcément aux descendants.

 Le système de filiation est matrilinéaire[i] uxorilocal[ii] dont le patrimoine est la maison familiale. Il n’y a pas de polygamie dans cette maison. La cellule familiale est simple. La mère met au monde, élève et nourrit ses enfants et marie aussi. La grand-mère élève un enfant, la mère peut également confier un enfant à une sœur ou une belle-sœur stérile.
Les quelques pratiques de généalogies connues, se font sur des forums, où l’on peut essayer de trouver en ligne des renseignements sur les îliens.

La complexité à trouver ses ancêtres est également due à la flexibilité de l’identité d’une personne. La graphie n’étant pas fixée ni en nom ni en prénom, une lignée n’a pas forcément le même patronyme.
Par exemple : 


Lors de la demande d’un acte de naissance supplétif, la commission des jugements supplétifs [iii]met dix ans avant de statuer. Les changements de noms sont très fréquents.

Les archives Comoriennes représentent plus ou moins cent mètres linéaires et 800 m aux Archives départementales. Il y a production d’un triple Etat civil. Les archives se trouvent en France. Les jugements supplétifs rendus par les cadis - Juges musulmans officiant civils se trouvent à Mayotte et sont inscrits dans différentes langues et sont bien explicites.

Finalement, le frein principal est d’avantage l’intérêt des personnes pour la généalogie. Une société en construction en mode survie va-t-elle rechercher ses origines ?




[i] Le système de filiation relève du lignage de la mère, pour la transmission, la propriété, les noms de famille.
[ii] L’habitat uxorilocal est fait dans le voisinage ou dans le village des parents de l’épouse.
[iii] Décision du tribunal qui demande une transcription lorsque celle-ci est inexistante. 





[1] Docteur en archivistique, Charly JOLLIVET est l’auteur de la thèse intitulée : Archives, archivistiques et logiques d’usage dans les territoires issus de la colonie de Madagascar de 1846 à nos jours. Naviguant entre les archives et la recherche, il a notamment été en poste aux archives départementales de Mayotte où des projets de coopération lui ont permis de renouer des contacts avec des archivistes et chercheurs comoriens.

Les associations nationales de généalogistes belges de l’après-guerre à 1970 : parcours d’institutions concurrentes sur la scène internationale.


Les mondes de la généalogie Colloque international d’Angers
Diffusions et transformations d’une pratique amateur à l’échelle transnationale.

Séance 4 : Les généalogies et les institutions : pratiques, ressources, histoires.

Intervenant : Joffrey LIÉNART[1]

« A la fin des années 1930, on assiste à un regain d’intérêt pour la généalogie en Belgique. A la même époque, se forment deux écoles de généalogistes : d’une part, l’école de la généalogie dite « historique », liée à la noblesse, et l’école de la généalogie dite « scientifique », issue des idées germaniques, plutôt réservée à la bourgeoisie. La communauté des généalogistes entre 1911-1914 est très faible.


Pendant la deuxième guerre mondiale, les deux écoles s’institutionnalisent en deux associations nationales : d’abord, en 1942 se crée l’Office Généalogique et Héraldique de Belgique, suivi de près en 1944 par le Service de Centralisation des Etudes Généalogiques et Démographiques de Belgique. Les deux associations s’affrontent à différents niveaux. Elles ont des idéologies et des clients différents pour des sociétés concurrentes.

L’une promeut l’héritage symbolique de la famille comme lignes de conduite pour les descendants. Le club est donc pour la noblesse.

L’autre, la SCGD tente d’apporter des réponses à la décadence sociétale, liée au problème démographique, en tirant des enseignements du passé. Le club est pour la grande bourgeoisie. LE SCGD, dont Joseph JACQUART et quatre confrères se rassemblent dans des restaurant, des cafés, jusque dans les années ’60. Leur but, venir en aide aux généalogistes amateurs sans distinction sociale, philosophique ou raciale. Ils souhaitent la promotion et la centralisation des études généalogiques et démographiques. Ils proposent un centre de documentation, des cours et participent à des expositions.

L’éternel combat de la noblesse contre la bourgeoisie avec des réseaux bien formés. Chacun a des idéologies et des conceptions bien différentes. La fusion est impossible à cause des particularismes.

L’après deuxième guerre mondiale, est marquée par la renaissance de la généalogie. Le contexte politique est favorable, il y a suprématie de l’eugénisme, et une propagande est faite pour la généalogie.

A la veille du boum des années ’70, l’opposition entre la noblesse et la bourgeoisie est toujours bien présente. En 1966-1967 : le prince Alexandre de MERODE, président de l’Office, invite les sociétés généalogiques à se rapprocher et c’est en 1970, qu’est crée la Fédération composée de l’Office, des Archives Verviétoises, de la Société des Bibliophiles liégeois, du Musée de la Dynastie, de l’Association des Demeures historiques, de l’Association des descendants des lignages, etc. 

Quelques mois plus tard, la Confédération internationale comprenant la Belgique, la France, les Pays-Bas, la Suède et la Suisse est créée.  (La SCGD n’en devient membre qu’en 1987). 


[1] Joffrey LIÉNART est diplômé de l’Université Libre de Bruxelles. Dans le cadre de son mémoire de Master, il a réalisé une étude inédite sur le monde des généalogistes belges de 1830 à 1970. Par la suite, il a été archiviste pour les Archives Générales du Royaume de Belgique et pour la Commission Européenne. Il est actuellement doctorant au Centre d’étude des religions et de la laïcité de l’Université Libre de Bruxelles. 

Conceptions communes sur l’identité, l’ascendance et le passé historique dans les pratiques généalogiques nord-américaines contemporaines


Les mondes de la généalogie Colloque international d’Angers

Diffusions et transformations d’une pratique amateur à l’échelle transnationale.
Séance 3 : Nouvelles pratiques de la généalogie et conceptions de la parenté

Intervenant : Caroline-Isabelle CARON[1]


« Depuis une vingtaine d’années au Québec, en Acadie et plus largement en Amérique du Nord, la pratique de la généalogie -et les concepts qui nourrissent ses méthodes et ses représentations- a grandement changé de ce qu’elle était au XXème siècle. Aujourd’hui tout chasseur d’ancêtres dispose d’une large panoplie de ressources électroniques en ligne, s’il a accès à internet …et à une carte de crédit. La prolifération des tests personnels d’analyse ADN a ouvert la voie au retour de la génétique dans la généalogie et aux inquiétudes que ce fait soulève, alors même que l’eugénisme avait heureusement été rejeté en masse au milieu du siècle dernier. L’imaginaire généalogique actuel a des conséquences très réelles sur la création de la mémoire collective dans un contexte où l’ADN est souvent considéré comme plus « fiable » et plus « scientifique » que les documents d’archives. Malheureusement, l’objectivité attribuée à la génétique permet le même type d’erreurs que la gymnastique documentaire privilégiée par moult généalogistes depuis des siècles. A l’instar de Darryl LEROUX et Kim TALLBEAR, on ne peut que constater que la généalogie actuelle au Québec et en Acadie permet de dangereux dérapages. Les questions de la race, du nationalisme de droite et de l’eugénisme font à nouveau voir leurs têtes d’hydre, alors même que de nombreux Acadiens et Québécois s’inventent des ancêtres autochtones pour confirmer la grandeur de leur peuple respectif. »

Nous assistons à une nouvelle période qui est celle de la transformation de la généalogie et des mots ancêtres.  Le généalogiste des années 1890 professionnel ou amateur étaient surtout intéressé par la recherche de noblesse ou de preux et pieux pionnier avec un attrait marqué pour l’ancêtre Anglo-protestant, ce qui montrait une option pour l’eugénisme, l’atavisme d’une bonne naissance.

La deuxième guerre mondiale montre un déclin de cette orientation, et vers les années ’70, on voit apparaitre un tournant vers l’identité de l’ego. La recherche est obsédée par l’ancêtre noble, le grand homme et donc le côté héroïque hérité de ces ancêtres. On se met à rechercher le meilleur ancêtre, par centaines si possible. L’identification se fait par papiers, par communication, on est entré dans une nouvelle période, celle du super héros.

Entre 1900 et 2000, rien n’a changé finalement. Ces définitions sont encore de fait, et pourtant une deuxième vague post deuxième guerre mondiale, s’annonce. Internet envahit les foyers et les gens l’investisse.  Les réseaux sociaux créés vers les années ’90, les bases de données sont de plus en plus en ligne officielles ou privées. En 1996, Ancestry.com (ancestry.fr n’est venu qu’ensuite) a un interface gratuit qui propose à un homme moyen blanc de trouver ses aïeux en quelques secondes. L’échange d’information se fait par les pixels et non plus par le papier, l’approche est donc différente.

Dans cette opération de marchandising en généalogie, l’ancêtre est le produit à vendre, valoriser et il contribue à recruter le plus de clients potentiels. Actuellement Ancestry DNA, la base ADN touche 7.000.000 de clients. L’arrivée sur le marché de MyHeritage et 23andme, contribue à gonfler les chiffres. Fournissant une analyse succincte avec une marge d’erreur, dont on peut en effet trouver l’explication mais en cherchant bien sur leurs sites. Ceux-ci encouragent leurs clients à utiliser leurs objets commerciaux. L’ordinateur individuel semble le moyen trouvé pour solutionner les absences de réponses dans les archives. Le public était dans l’attente de cette généalogie par l’ADN.

Par le passé, l’atavisme était inévitable et les recherches le prouvait sur papier avec un supplément d’âme. Actuellement, l’ascendance est la masse totale de tous les ancêtres révélés par les gênes, il y a donc « vérité scientifique ». L’atavisme est en ego et donc vivant en soi. Il y a affirmation : la science ne ment pas, la saga familiale peut être fausse.

Ces changements sont dus à plusieurs facteurs : Le travail en réseau par la création de bases de données par les utilisateurs avec erreurs et lacunes et absence d’ego. La volonté de retrouver la parenté perdue. L’agrandissement de cette notion de parenté du fait du partage d’ADN. En généalogie descendante, les ancêtres sont des fournisseurs de jeunes.

Un changement s’opère également car les présomptions ataviques sont revenues en force. L’attribut ethnique est recherché pour justifier ses ancêtres. Malheureusement, il s’agit d’une dérive politique, en Nouvelle Ecosse, au New Brunswick et au Québec, des individus de l’extrême droite montante utilise l’ADN pour tenter de prouver l’existence de gênes amérindiens, ceci dans le but d’utiliser les droits ancestraux sur les terres, la pêche. Peu importe comment, ils ont reçu ce bagage génétique, il y a un désinvestissement complet de leurs ancêtres et la saga se construit autour d’une histoire de viol.

Le mode traditionnel de la généalogie qui construisait une histoire a basculé vers: l’histoire c’est construite car l’ADN nous tombe dessus. 





[1] Caroline-Isabelle CARON se spécialise dans l’anthropologie historique de la culture populaire francophone en Amérique du Nord aux 19 et 20èmes siècles. Elle s’intéresse d’une part aux conceptions du futur sous la forme de la science-fiction et de la fan fiction et d’autre part aux rapports du passé sous la forme des commémorations, des légendes et de la généalogie. Elle aspire à approfondir l’encyclopédie collective québécoise et acadienne.

Histoire des centimorgans. Pratiques généalogiques d’adultes conçus par don de sperme en Angleterre

Les mondes de la généalogie Colloque international d’Angers Diffusions et transformations d’une pratique amateur à l’échelle transnationale.
Séance 3 : Nouvelles pratiques de la généalogie et conceptions de la parenté

Intervenant : Anaïs MARTIN[1]

Anaïs présente un sujet particulier qui est celui de la relation par don (de sperme dans cette étude) et la recherche de ses origines que peut initier l’individu conçu par cette pratique. Cette étude fait l’objet de sa thèse.  


Elle nous raconte alors, l’histoire du secret de Jody vivant au Royaume-Unis. A 36 ans, mariée et mère d’un enfant en bas-âge, elle a déjà perdu son père et vient de perdre sa tante, il n’y a plus de survivant de ce côté, c’est alors que sa mère dévoile le secret qu’elle avait promis à son père de ne jamais dire et lui apprend qu’elle est née par donneur dont l’identité restera inconnue. Au moment de la conception de Jody, la pratique courante était basée sur l’anonymat du donneur, dans l’Angleterre des années ’90.  

Jody a déjà fait son arbre généalogique côté maternel et paternel. Cependant, à la suite de cette révélation, elle aimerait trouver le donneur.  Elle s’inscrit alors sur un site de généalogie génétique en ligne, effectue un test ADN pour elle-même et peu de temps après avoir reçu ses données, la page personnelle de Jody pointe vers un utilisateur désigné comme proche parent.

Pour mieux comprendre. Le centimorgan, cM, est une unité mesurant le lien entre deux gênes. Le choix des sites de généalogie en ligne qui proposent des tests ADN pour une somme modique, est tourné essentiellement vers la recherche de correspondances afin trouver des membres de la famille proche, élargie ou très éloignée.



Correspondance ADN


Qualité de correspondance ADN-segment centimorgan
Portion de segments triangulés cM en correspondance

La personne ayant effectuée son test reçoit en retour ses informations mais aussi la liste des correspondances. L’analyse de la qualité des segments va donner un pourcentage de combinaisons et le nombre de segments en communs, selon la qualité de ces éléments l’on peut trouver des individus plus ou moins proches. Le fait d’avoir publié son arbre en ligne aide à faire le point sur les membres des arbres en commun et donc de vérifier les correspondances avec les recherches généalogiques en cours. Il est possible de prendre contact avec la correspondance ADN.


Revenons à Jody, sur ce site la correspondance nommée « matching » lui indique une demi-sœur. Elle entre en contact avec celle-ci qui lui apprend qu’elle-même a été conçue par don. Elles ont donc en commun cet héritage masculin. Mais, elle apprend également qu’elle a un demi-frère à l’étranger. Jody a donc une demi-sœur et un demi-frère. Elle décide de refaire une recherche en ligne mais en clarifiant les besoins et obtient un nouveau résultat -matching.

Et cette fois, elle obtient un matching avec une femme, qui après questionnement, lui dit qu’elle a eut un frère qui a été donneur, ce qui vient étayer les suppositions de Jody. Elle a donc un pourcentage d’ADN en commun avec cette femme qui se trouve être dans la position d’une tante. L’identité du donneur est finalement dévoilée.

Au Royaume-Unis, le mode de conception par donneur basée sur le secret a pris fin en 1991 par une première loi encadrant le don, laissant l’ouverture à des données non identifiables. C’est en 2005 que la loi a permis l’accès à l’identité du donneur.

Chercher ses origines via les sites de généalogie génétique, va-t-on vers une génétisation de l’identité ?



La génétique est au cœur du problème, en effet comme vous avez pût le lire, dans le paragraphe "pour mieux comprendre". Il est nécessaire d’acquérir de nouvelles notions, comme centimorgans, cM, correspondances de segments triangulés etc.
La recherche de ces origines par la pratique de la généalogie, est bien antérieure. L’obtention des outils et des compétences est ancienne.

Jody, affirme ici des notions qu’elle ne maîtrise pas, elle a un choix interprétatif, comme dire cette dame est donc ma tante et son frère le donneur. Il faut savoir que les données transmises par ces sites de généalogie en ligne ne sont que superficielles et il peut y avoir des marges d’erreurs.

Construire un nouvel arbre avec ces résultats ?


Une série de questions se posent en matière de construction généalogique. Comment élaborer un arbre généalogique dans ce cadre ? En effet, dans l’exemple pris ici, qui est représentatif du panel d’individus étudiés, le père et la mère ayant élevé Jody, restent ses parents et le donneur reste un donneur, mais quand même elle lui donne une place. Il n’est pas le parent au sens classique du terme, il est plutôt un choix narratif unique. Jody fait bien la différence, même s’il y a pluralisation des relations. Un même lien sur le papier peut être idéalisé.

La parenté homme = triangle et Femme = Cercle. Jody est indiquée en bleu ainsi que son conjoint et sa fille et aussi sa mère. Son père et sa fratrie est en vert. Le donneur est en gris ainsi que sa sœur et les enfants nés sont en rose, orange et bleu ciel, fratrie de Jody.



NB : En France, il y a toujours interdiction de connaître le donneur. Les Etats- généraux de la révision de la loi sur la bioéthique – entre autres- PMA ont été lancés en 2018. Lire ici 



[1] Anaïs MARTIN est doctorante en anthropologie à l’EHESS et au centre Norbert ELIAS (Marseille). Sa recherche s’inscrit à la suite des travaux sur la pluriparentalités, l’anthropologie du corps, de la personne et du genre. Elle a reçu le second prix du mémoire de la recherche de la CAF en 2016, pour son travail sur le vécu des adultes conçus par le don de sperme en France. Elle est cofondatrice du groupe de recherche EnCoRe (Engendrement, Corps, Relations) et membre de L’ANR Origines coordonnée par Agnès MARTIAL.

De la quête des ancêtres à celle des « cousins ». Transformation de la fabrique généalogique dans la bourgeoisie.


Les mondes de la généalogie Colloque international Université d’Angers 2019


Diffusions et transformations d’une pratique amateur à l’échelle transnationale.

Séance 3 : Nouvelles pratiques de la généalogie et conceptions de la parenté

Intervenant :  BARTHELEMY Tiphaine[1]


« Née dans les milieux aristocratiques et bourgeois de la nécessité de montrer des preuves – de noblesse sous l’Ancien Régime, puis plus généralement d’ancienneté et d’illustration, la généalogie est une pratique constante dans ces monde sociaux tout au long du 19ème et 20ème siècle. On ne s’étonnera donc pas qu’elle le soit restée au 21ème siècle. Toutefois la fabrique notabiliaire de la généalogie c’est profondément transformée du fait du recours à l’outil informatique et aussi par les nouvelles pratiques. Ainsi c’est moins une légitimation par les ancêtres qui en constitue l’enjeu aujourd’hui que l’établissement de liens entre les vivants susceptibles de constituer un réseau de sociabilité et d’entraide, voire de communauté d’habitus. »


Tiphaine BARTHELEMY nous montre l’exemple de « la constitution d’une généalogie et d’un livre de famille pour une famille bourgeoise nantaise dont la constitution montrera comment la pratique de la généalogie c’est vue dépassée par ces « à côté », à la construction d’un légendaire familial succédant l’organisation quinquennal de cousinades, la constitution d’un site web, la rédaction d’un bulletin, le postage d’annonce, la vente d’objets, etc. Ceci servira de départ pour s’interroger sur ce que ces transformations de la pratique disent des processus de reproduction et de mobilité sociale, des usages de la mémoire et des rapports au temps dans un monde social oscillant entre ouverture et maintien de ses frontières ».

A la demande d’un lointain cousin, il lui a été demandé de participer à l’élaboration d’un livre de famille qui avait comme particularité d’être centré sur une généalogie descendante. Ils avaient un ancêtre commun aristocrate et un autre fondateur d’une conserverie. Au fil du temps l’entreprise des navires fût vendue et dans les années ’80 la conserverie fût reprise par une autre conserverie.

Dans cette famille, il y avait une mémoire orale particulière aux généalogies bretonnes, qui peut s’étendre sur cent à deux cents noms de personnes, mais sans pouvoir être vérifiée. Il restait toutefois la persistance de l’aristocratie et de la bourgeoise au XIVème siècle avec une mixité assez répandue dans ces deux sections. La généalogie des maisons (lieu d’habitat) permettait d’organiser la mémoire familiale autour des cousinades.

La rédaction de l’ouvrage avait été demandé par les plus anciens de la famille, à la suite d’un questionnement, comment conserver toutes les données dans la mémoire des enfants ? Lors de la construction de l’arbre, la recherche d’informations a été nourrie par eux-mêmes mais surtout par les alliés (les « rapportés » dans le langage courant). Il n’y avait pas de demande de différenciation sexuelle dans l’élaboration du livre. Ce point est à garder en mémoire car nous verrons plus loin comment au fil du temps, c’est construit cette famille. La liste de descendants est devenue un annuaire où l’on trouve le nom, l’adresse et la profession de chacun.

Une fois l’arbre construit, l’expertise de Tiphaine BARTHELEMY a permis de réaliser plusieurs tableaux :    
  • Une pyramide des âges établie sur 7/8 générations. La répartition géographique, grâce aux possibilités qu’offre l’outil : Geneanet 
  • Un tableau sur plusieurs siècles, des mariages et la fécondité par ménage, les décès en bas âge, ou par guerre, le nombre de religieux.ses, de célibataires. (Une parenthèse est établie ici, car on s’aperçoit que l’on met le mariage en valeur et qu’il n’existe pas de case pour des personnes homosexuelles, elles sont considérées comme célibataires, alors même qu’elles peuvent vivre en couple.)
  • Un tableau des catégories socioprofessionnelles a également été construit.

Cette étude généalogique moderne est assez différente de ce qui avait l’habitude d’être construit antérieurement.  En effet, un armateur nobiliaire, des années 1860 a choisi une construction d’arbre selon sa maison, de façon patrilinéaire et en pointant la transmission par la primogéniture. Les femmes, restent souvent au cœur de cette mémoire, par l’écriture d’un livre de souvenirs, « comment je vivais en 1900 par ex. »   L’homme fait l’arbre et ne représentent les femmes que si des parts de leur héritage sont absorbées dans l’arbre patrilinéaire, ceci essentiellement pour une question d’apport de terres, d’activités entrepreneuriales - conserveries ou sylvicoles.

Il se dessine alors, un genre d’entonnoir dans lequel, elles viennent s’absorber.

Armateur 1860 Source T BARTHELEMY


Les alliés restent en dehors de l’arbre, comme les filles et les descendantes. Les descendants alliés sont notés s’ils s’inscrivent dans un esprit d’entreprise et ont donc une valeur d’apport financer. C’est cet élément qui donne la raison au fait que les descendantes féminines ne sont pas renseignées car elles font sortir la richesse pour la mettre dans un autre lignage.  Ainsi qu’il est décrit sur cette pyramide. Les porteurs masculins de nom montre qu’ils sont issus à 80% de la bourgeoisie et à 20% de la noblesse, les femmes sont représentées par moitié-moitié.


Source T BARTHELEMY


Nous nous retrouvons ici avec deux modèles de généalogie anciens: 
  • La généalogie des descendants nobiliaires. Dont un pourcentage fait appel au passé, par l’exhortation au titre, le passé s’impose donc.
  • La généalogie des donneurs d’épouses (Alliés)

L’annuaire qui a été construit est tourné vers le présent puisqu’il inclut tous les descendants. Parmi ceux-ci, les détails de catégories socio-professionnelles permettent de voir qu’il y a une continuité d’habitus religieuse et politique initiées par les ancêtres.

Entre mémoire orale, saga familiale et faits réels. Comment la mémoire s’arrange avec la réalité.

Dans la généalogie à l’ancienne élaborée grâce à la mémoire orale essentiellement, il y a des armateurs nantais, qui ont participés au commerce triangulaire du marché d’esclaves avant la révolution. La saga familiale ne nie pas ce fait mais l’histoire est édulcorée par l’anecdote d’un navire qui coule et dont les esclaves parviennent à se libérer, ce qui permet d’en alléger la cruauté. Or parmi les jeunes descendants certains se sont tournés vers le travail dans l’humanitaire et lors d’une visite du Mémorial de Gorée (Sénégal)  ils ont trouvés leur nom inscrit parmi les responsables de cette traite, venant donner confirmation à cette saga.

En conclusion, l’élaboration de cet annuaire à permit aux nombreux descendants d’avoir leur mémoire écrite, cette fois. Beaucoup d’activités ont été entreprises comme un rassemblement familial, un site web, une boutique proposant des objets mémoriels, tournés vers la chasse et la conserverie. Ce livre est en constante évolution car les naissances sont ajoutées au fil du temps. Il a permis de créer une mémoire collective familiale. 





[1] Tiphaine BARTHELEMY, anthropologue est professeur à l’Université de Picardie Jules Verne, CURAPP-ESS. Elle a travaillé sur les partages successoraux égalitaires et les modes de reproduction sociale des agriculteurs du centre de la Bretagne, puis sur les principes hiérarchiques à l’œuvre chez les grands propriétaires fonciers. 

Enjeux de transmission : apprentissages de la généalogie aux enfants et aux jeunes en France.


Les mondes de la généalogie  Colloque international  2019 Université d’Angers


Diffusions et transformations d’une pratique amateur à l’échelle transnationale.

Séance 2 : Faire et transmettre sa généalogie : statut et enjeux des connaissances.

Pascal MULET[1]
L’émergence populaire de la généalogie en France à vue naître depuis la fin des années 1980, l’émergence de l’apprentissage de la généalogie aux enfants dans le cadre scolaire. Des ateliers se sont organisés dans le cadre scolaire et périscolaire, animés par des enseignants de différentes, matières, des bénévoles, des associations de généalogistes ou des animateurs d’archives départementales.


Ces ateliers autour de la généalogie par, pour, avec des enfants et de jeunes animés par des adultes sont des moments de transmission des outils, des savoirs faire et des cadres cognitifs.
Il y a divers modes de transmission qui se fait à partir de documentation délivrée par le niveau national. 
  •  Généalogie à l’école avec à la clé l’obtention d’un d’diplôme de généalogiste, la participation à un congrès, une table ronde. 
  • Par des associations thématiques qui présenterons un thème par l’intermédiaire d’un jeu de société, la visite de salon de généalogie…
  • Par des animations périscolaires avec l’aide des archives départementales, sous forme de visites découvertes proposées par le service éducatif.

Tout au long du parcours scolaire soit de la maternelle au lycée cette activité est proposée de façon imposée pour les plus petits ou de manière libre pour les plus grands sous forme de club de généalogie.

Il y a une grande diversité d’activités et de pratiques. Après celle proposées ci-dessus on trouve une autre approche qui est plus tournée vers le développement, le droit personnel et la psycho généalogie. Cette façon de faire vient mêler d’autres cours à ces activités, comme ceux d’histoire, de français ou de mathématiques.

Le discours adressé aux adultes non-initiés ou non passionnés de généalogie, nécessite un outil de cadrage par un lien explicite. En ne faisant que la généalogie ascendante sur trois générations, on obtient rapidement un arbre.  Si cette chose permet d’aller vers un acte simple pour un enfant possédant tous ces parents et grands-parents, elle est probablement plus malaisée pour un enfant auxquelles il manque, un ou des parents. La réponse préétablie est donc de dire, qu’il existe ou a existé et que l’on va lui faire une case qu’il pourra la compléter plus tard.

La variété des méthodes d’approche, permet de créer une conscience d’appartenance à une famille et également de se poser dans un schéma culturel.






[1] Pascal MULET est docteur en anthropologie sociale, postdoctorant à l’Université d’Angers (Programme EnJeu(x), TEMOS, CNRS, FRE )Il mène une recherche sur la généalogie amateur par mobilisation d’archives, l’apprentissage de la généalogie aux jeunes et aux enfants, et sur les rapports ordinaires aux archives en France. Il a publié en 2018 : Des lieux appropriés. Economies contemporaines dans le Haut-Atlas (éditions Rue d’Ulm), et continue de faire des recherche dans ce territoire.

Des généalogies ordinaires à une théorie de la transmission


Les mondes de la généalogie   Colloque international Université d’Angers 2019

Séance 2 : Faire et transmettre sa généalogie : statut et enjeux des connaissances

Maylis SPOSITO-TOURIER[1]

Que peut apporter l’analyse de généalogies ordinaires dans l’appréhension de mobilité professionnelles et de transmissions familiales ? Cette méthode a été utilisée afin d’étudier la trajectoire de 27 individus, soit 8 hommes et 19 femmes entrepreneur.e.s, s’étendant  sur quatre générations parfois cinq et de recenser l’ensemble des membres de la famille y comprend les alliés. Les femmes ont répondu majoritairement à la proposition d’associer leur étude généalogique à leur trajectoire.  La comparaison systématique des arbres a permis d’analyser la manière dont s’agencent les liens -entre ascendants, descendants et collatéraux- et se transmettent les biens- professionnels et symbolique au sein de la cellule familiale ».

Il a été constaté que pour la circulation des entreprises, la transmission se faisait pratiquement tout le temps du père vers l’aîné de la famille ou à la benjamine à qui il a été demandé de quitter son travail pour reprendre l’entreprise familiale. Si c’est la mère qui est à la tête de celle-ci, le transfert se fait pratiquement tout le temps vers le fils.

On a pu remarquer en analysant tous les acteurs de l’arbre, que ce caractère d’indépendance est un ethos (habitude, manière d’agir) qui mène à la disposition des membres de la famille vers l’entreprenariat. Donc on peut voir des fondateurs d’entreprises l’ayant transmises sur plusieurs générations masculines. Lorsqu’il s’agit de descendantes filles, il s’agit souvent des aînées de fratrie.

Revenons à la transmission par le père de l’entreprise, on s’aperçoit que souvent les filles sont mises à l’écart, dans la famille, elles sont dépossédées par les frères. Et si les parents n’ont que des filles, il est tout à fait possible qu’il y ait une rupture de la transmission.

Grâce à l’utilisation de cette méthode de généalogie, l’arbre a été coconstruit avec un investissent personnel des entrepreneurs, ce qui a permis d’aller au-delà de la relation de questionnement simple des vivants et a permis de renvoyer à de multiples données. Les personnes ayant collaborées à la construction de l’arbre avaient la connaissance que dans la famille, élargie ou non, il y avait d’autres entrepreneurs mais ne l’avait pas visualisé comme on peut le faire après avoir monté un arbre. Beaucoup ont été très surpris de découvrir cet aspect.

Elle a permis de comprendre la trajectoire de transmission et les modalités de celle-ci. Elle a également permis de comprendre les créateurs d’une nouvelle entreprise dont la procédure se révélait différente dans la transmission, l’action de création, permettait de faire une économie de don.

Pour conclure, à la lecture de l’arbre, on visualise comment les liens de transmission se sont agencés. 



[1] Maylis SPOSITO TOURIER est docteur en sociologie et ingénieure de recherche au laboratoire de sociologie et d’anthropologie de l’université de Bourgogne Franche-Comté. Ses travaux de recherche portant sur la transmission intergénérationnelle (des entreprises, de l’ethos indépendant, des exploitations agricoles, des représentations, des savoirs…) par le biais d’une approche socio-anthropologique.

La production d’ancêtres : une fabrique culturelle comme les autres ?


Les mondes de la généalogie
Séance 2 : Faire et transmettre sa généalogie : statut et enjeux des connaissances

FONTANAUD Sandra[1]

« Le statut particulier de la généalogie au sein des pratiques culturelles et sociale est problématique depuis les années 1990. La généalogie est à la mode peut-on lire et entendre régulièrement. Pourquoi ? Peut-être pour son statut mal défini à mi-chemin entre histoire universitaire et loisir traditionnel, entre savant et profane, proche de l’histoire, mais dénigrée des historiens, loisir culturel certes mais principalement apprécié par les amateurs. »

On peut décrire quatre grandes périodes historiques pour la généalogie.


  1. L’arbre de Jessé. Il représente une schématisation de l’arbre de Jésus et est un motif fréquent dans l’art chrétien entre le XIIème et le XVème siècle.

Arbre de Jessé, avec Jessé assis. Arsenal Manuscrit 416 f°7

2. Les Beatus : Manuscrits du Xème au XIIème siècle. Abondamment enluminés, généalogie médiévale écrite

 
Grandes Heures de Rohan   Bibliothèque Nationale lat.9471 


3. La période où les filiations nobiliaires n’ont plus de raisons d’être. Il y a alors plus de généalogistes familiaux, dans le but de la transmission de la mémoire familiale, que de généalogistes successoraux.

4. Le boum des années ’70, voit naître des associations d’entraide et le peu d’intérêts des universitaires permet l’ouverture et une grande liberté. La généalogie se démocratise et fait son apparition dans les médias.  Ce sont souvent des personnes retraitées, âgées de plus de 70 ans, qui la pratique et dans les années ’90 elle devient un loisir incontournable. Elle donne prétextes à trouver, à chercher, à voyager. Les voyages sont organisés pour visiter les Archives Départementales et la région des ancêtres.

Dans les pratiquants on trouve d’abord deux groupes, les savants – gens instruits des techniques de recherches et les béotiens qui cherchent pour se distraire. Apparaît alors une 3ème catégorie, les entrepreneurs, se sont ceux qui créent des sites internet, mettent des outils à disposition des autres. Dans la manière de procéder, on trouve des exclusifs, qui ne recherchent que leurs ancêtres par exemple en suivant une lignée patrilinéaire et des historiens ceux qui vont chercher les recensements, la vie, l’histoire de façon plus globale.

Sandra FONTANAUD décrit plusieurs catégories de généalogistes dans sa thèse des années 2008-10
  •    Le compulsif ou exclusif : Il ne vit que pour et par la généalogie. Il part en vacances, s’il part en fonction du temps consacré à son loisir. Quand il a terminé sa généalogie, il lui arrive de faire celle des autres.
  •  Le collectionneur : Il essaye de trouver le maximum de parents, s’équipe de tout ce qui est  nécessaire, ordinateur, scanner, appareil photos etc.
  •  L’historien de la famille : Il cherche à la retraite à reconstituer l’histoire familiale à une fin de transmission. Il lui arrive de construire des outils comme un convertisseur de dates, il écrit des articles, Il constitue ce qu’on appelle un début de fond d’archives. 
  •   Celui qui a juste un passe-temps : Il s’agit d’un simple loisir qu’il prend de manière très sérieuse, mais n’en oublie pas moins ces propres loisirs.

Ce travail amateur est une pratique récente de l’appropriation de l’histoire par les populations. Elle cherche à recréer une identité familiale, culturelle. Souvent les généalogistes sont issus de la classe moyenne, enseignants primaires ou de milieu ouvrier ou agricole, n’étant pas allés à l’école. Ces autodidactes, prennent leur revanche sur la société qui les avaient mis à l’écart. Leurs travaux permettent de valider leur espace social, de compenser le maintien d’un milieu social modeste. 




[1] Sandra FONTANAUD, docteur en sociologie est ingénieure au CURAPP-ESS, une unité mixte de recherche de l’université de Picardie Jules Verne d’Amiens, spécialisée en science politique et sciences sociales.

Généalogies angevines. Pratiques, fonctions et représentations du Moyen-âge à nos jours. Exposition en ligne


Les mondes de la généalogie Colloque international du 24-25 janvier 2019 Université d’Angers


Etudiantes en Master 2 Archives – Université d’Angers Option valorisation du patrimoine




Vous avez envie de voir des documents que vous ne penseriez pas visionner un jour ? Les étudiantes en Master 2 Archives ont créé un bien beau blog pour nous permettre de faire une visite virtuelle. Clair, didactique, vous pourrez visionner les premiers arbres généalogiques, d’autres arbres et d’autres aspects. Les raisons de ces généalogies, se marier, hériter ou économiques.



L’adresse du blog : Généalogies angevines -  http://blog.univ-angers.fr/genealogiesangevines/ Sur le menu situé à gauche, baladez-vous au travers du temps. D’après elles, certains sont très simples car elles exposent les documents en fonction de leur usage. Il est vrai que certains sont colorés et enluminés, mais personnellement je les trouve tous intéressants.


Premier arbre généalogique des rois de France
Angers, Bib. Mun, Rés. Ms. 58 (fol. I vo-III ro) / © Ville d’Angers

PS : avez-vous vu comment elles ont sourcé leur image ?

Du challenge AZ à RootsTech, une généalogie sans frontières.


Les mondes de la généalogie

Séance 1 :  Pratiques institutionnelles : des enjeux à l’échelle mondiale ?

Sophie BOUDAREL[1]


C’est en 2013 que Sophie BOUDAREL, propose un défi d’écriture aux bloggeurs généalogistes.  Publier un billet par jour en commençant par la lettre A jusqu’à Z, ceci pendant un mois. Ce défi a rapidement traversé les frontières et il attire maintenant des bloggeurs de France, Belgique, Suisse et Canada. Le sujet en est bien entendu la généalogie. Le nombres de participants va croissant et les articles sont très variés, des services d’archives publics ont relevés le défi et nous ont offert de beaux documents.  J’ajouterais que grâce à ces articles, des cousins se sont retrouvés, des liens se sont créés et surtout un grand partage et une entraide se fait.




« Le challengeAZ n’est pas le seul événement ouvrant les frontières de la généalogie. Ainsi, le salon RootsTech, organisé chaque année par FamilySearch à Salt Lake City, attire de plus en plus de visiteurs étrangers, dont des français, qui peuvent aussi être conférenciers. L’aspect de ce salon s’affirmant d’années en années, une nouvelle édition est prévue à Londres, avec une diffusion européenne. » 




[1] Généalogiste professionnelle, Sophie BOUDAREL est attachée à la valorisation non seulement de l’histoire familiale, mais aussi des archives. Elle s’intéresse aux liens existants, et à leur développement, entre archivistes et généalogistes. Elle effectue des recherches pour les particuliers français et anglophones, et forme des particuliers à la recherche généalogique dans le cadre d’ateliers, tel ceux proposés par la Revue Française de Généalogie avec qui elle collabore. Elle donne également des conférences en France et à l’étranger. Elle anime le blog : la gazette des ancêtres . Elle a lancé, et anime, le « Challenge AZ », défi d’écriture auquel participent de plus en plus de généalogistes amateurs francophones mais aussi des services d’archives publics.

Les relations des services d’archives de France avec la société généalogique de l’Utah. Un accélérateur de démocratisation culturelle ?


Les mondes de la généalogie

Séance 1 :  Pratiques institutionnelles : des enjeux à l’échelle mondiale ?

Élisabeth VÉRRY[

Les relations entre la société généalogique de l’UTAH (émanation de l’Église des Saints des derniers jours, plus communément appelée des Mormons) dont le site web est FamilySearch  et la direction des archives de France sont anciennes. Alors que dans de nombreux pays d’Europe entre autres le Royaume-Unis et l’Allemagne leur implantation ne posait pas de problèmes, la France était résistante et posait la question du devenir des documents.


Une convention fût signée le 28 octobre 1980. La proposition de la SGU était de traiter les registres paroissiaux et d’état-civil et être autorisée à utiliser ces reproductions dans le cadre de ses propres archives, ceci à leur frais avec la structure que ça suppose et de conserver les documents sous trois copies dont une était retournée en France, ils gardaient– on parlait à l’époque de microfilms, il s’agit de numérisation actuellement. Pendant vingt ans l’action de la SGU a sans conteste multiplié l’accès à ces sources, permettant l’échange sous longue distance.   

La généalogie connu un tournant au moment des trente glorieuses, avant cette période la recherche était plutôt savante, la nouvelle période nous mène vers un intérêt des gens pour leur histoire. Il y eût un développement des cercles de généalogies avec la publication des premiers bulletins etc. L’association généalogique et archéologique d’Anjou fût la première association de départ vers 1970.

Dans les salles de lecture des archives ont vit de plus en plus de généalogistes, avant les années ’80, leur pourcentage était de 29.7% après cela il grimpa à un peu plus de 50%.

Actuellement, l’arrivée du numérique et l’accès à internet, voit une diminution des salles de lectures. La SGU quant à elle est passée à l’étape supérieure, l’exemple de Rootstech (grand événement autour de la généalogie), montre combien c’est devenu important. Un concours tel Innovator Showdown, qui est une compétition entre inventeurs du monde entier récompense les meilleures idées. Christophe MARIN (France) a proposé Champollion module de lecture pour paléographe. Il a reçu un prix en ½ finale.  Vous pouvez lire l’article de Sophie BOUDAREL dans la revue française de généalogie à ce sujet. Un autre module Famicity (France) Racontez votre histoire a également été ce proposé. 

Le monde des archives a bien changé !

[1] Conservateur général du patrimoine, archiviste-paléographe. Elisabeth VÉRRY est depuis 1990 directrice des AD de Maine et Loire. Elle est l’auteur de nombreux travaux, études, publications ayant trait à l’histoire de l’Anjou à toutes les époques. Elle est vice-présidente du Centre Culturel de l’Ouest-abbaye de Fontevraud et membre de nombreuses commissions, conseils et sociétés savantes locales et nationales. Elle est également chargée de cours en paléographie et archivistique, comme membre TEMOS et membre du conseil de l’école doctorale Société, Temps, Territoires de l’Université Bretagne-Loire.